A ceux qui ne passent pas noël seuls
Noël, c’est l’occasion de se retrouver face aux blessures ou aux chocs de son enfance. On y va en serrant les poings et on repart en disant : « ouf, ça ne s’est pas trop mal passé. ».
On a encore une fois évité le pire… situation paradoxale dans laquelle le pire, c’est : ne plus pouvoir faire Noël ensemble. C’est prononcer les mots irréversibles qu’on n’a pas pu, enfin ! empêcher de sortir.
Les noëls reviennent et rien ne change. Tous les non-dits se dégustent à table. Exprimés ou non, on se ressert des reproches en se resservant de la dinde.
Tu n’as pas été le fils que j’ai attendu.
Tu n’as pas été le père que je voulais aimer.
Tu as fait de moi la coupable éternelle de ta vie ratée.
Tu m’as tellement déçu-e…
J’aurai tellement voulu t’aimer…
J’aurai tellement…
J’aurai voulu…
Et on reprend des sucreries, pour adoucir l’amertume dans la voix. On joue à faire comme si de rien, on parle de tout sauf de ce qui importe.
On aimerait tellement pardonner, pour peu que l’autre demande pardon, on aimerait tellement n’importe quoi, mais une autre famille, une qui nous porte, à la place de celle qui nous enfonce…
Si seulement tu avais été comme ton frère… Si tu m’avais écouté… Si tu avais été cet enfant irréel que je m’étais inventé-e… Si tu n’avais pas été là …
Et le lendemain, les ex-enfants reprendront le cours de leur vie, s’étonnant encore de constater comme leur famille peut être durablement toxique et à quel point l’enfance qu’ils n’ont pas eue leur manque.