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Le Brio de Yvan Attal avec Daniel Auteuil et Camélia Jordana

Le crime de l’Orient-Express de et avec Kenneth Branagh, Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Penelop Cruz, Derek Jacobi, Judi Dench et Olivia Colman

Le Brio de Yvan Attal avec Daniel Auteuil et Camélia Jordana

Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. A son premier jour à l’université d’Assas (faculté de Droit pour riches, voire, faculté réputée facho), elle est prise pour cible par Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages racistes. Pour se racheter une conduite devant le conseil de discipline qui l’attend, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence.

Petite remarque liminaire… vous imaginez ce que pensent les médecins et autres personnels médicaux devant une série comme Urgences ? Quand Benton fait une trachéotomie avec un stylo bic pendant qu’il envoie des sms de l’autre main ? Bon, ben là, ça m’a fait un peu pareil avec la description du fonctionnement universitaire, mais ce n’est pas très grave.

Je suis allée voir ce film parce que j’aime bien Daniel Auteuil, j’aime bien Yvan Attal et je me suis dit qu’une comédie, ce serait sympa. Il se trouve que j’ai trouvé ça raté… Et peut être parce que je suis universitaire et qu’il y a des choses que je ne prends pas à la légère.

L’idée que veut faire passer le film, c’est que Mazard est surtout un connard malheureux et provocateur gratuit. Il fait des sorties racistes en amphi, mais il peut aussi se moquer des riches, peu importe. Ses propos ne sont pas vraiment racistes parce qu’il ne pense pas ce qu’il dit : c’est juste pour exemplifier son cours, l’art rhétorique : il faut être convaincant et pas sincère. Et aussi, il aime emmerder l’institution.

Pour moi,  tenir un discours comme ça, c’est avoir une conscience politique (ou social) de 3 ans d’âge mental. Peu importe que l’enseignant d’amphi pense les propos racistes qu’il tient devant les étudiants. On est pas là pour le psychanalyser. Depuis sa position de pouvoir (en tant que prof possédant le savoir et en tant qu’évaluateur des étudiants), ses propos ont infiniment plus de poids que des vannes de provocation autour d’une bière au pub. Bien sûr qu’on ne peut pas laisser passer de tels propos qui déclassent et mettent en dangers la scolarité des étudiants les plus fragilisés dans le monde hostile qu’est la fac d’Assas. Pour une fois qu’on voit une université qui a le courage de prendre des mesures disciplinaires, le film s’attache à excuser le prof : il est pas raciste mais provocateur. Il prend trop l’art rhétorique à coeur et ne sait plus parler aux gens. Pour faire contraste, le film met en scène un vrai étudiant raciste, grossier, snob et détestable à souhait pour servir de repoussoir, d’un air de dire : Regardez, ça c’est un méchant. Pas le prof, qui finalement, est attachant quand même.

Par curiosité, je me demande si Yvan Attal aurait été si indulgent avec des blagues antisémites…

Deuxième ânerie de ce film, c’est de prétendre que l’étudiante qui vient de son quartier de relégation et le prof des beaux quartiers sont sur le même plan. Le film veut faire croire qu’il se sert d’elle et elle se sert de lui (pour devenir une meilleure étudiante et plus tard une avocate compétente). Etant donné l’écart de pouvoir d’achat, de standing et simplement le fait que même une fois avocate, elle s’appellera toujours Salah (avec les soupçons d’incompétence qui vont avec le fait d’être femme et d’être arabe de la banlieue) et lui toujours Mazard, Professeur des Universités parisien, cette volonté d’égaliser les situations est ridicule.

Et enfin, il y a une scène supposée drôle dans un taxi über où le prof et l’étudiante se moquent du chauffeur à cause de ses tentatives malheureuses de faire des belles phrases. Ça aurait pu être drôle si le chauffeur n’avait pas été noir. Là, ça ajoute au malaise.

Ah oui, le dernier truc qui m’énerve, c’est l’idée qu’on apprend nécessairement dans la souffrance, que les meilleurs professeurs sont durs, voire impitoyables mais que c’est le prix à payer pour l’excellence. La totalité de mon identité des sciences de l’éducation se révolte devant ces discours réacs du XIXe.

Bref, vous avez compris : j’ai pas aimé (outre le fait que le film est prévisible, évidemment).

Le crime de l’Orient-Express de et avec Kenneth Branagh, Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Penelop Cruz, Derek Jacobi, Judi Dench et Olivia Colman

Histoire de vous restituer les moins célèbres… Derek Jacobi a joué dans une vieille série appelée « Moi, Claude », où il était l’Empereur romain et il a aussi été « Frère Cadfael », deux séries que j’ai regardées avec ma maman, il y a longtemps. Quant à Olivia Colman, elle est flic dans Broadchurch et espionne dans The night manager. Inutile de présenter Judy Dench, qui excelle dans les vieilles dames autoritaires, comme son rôle de M dans James Bond.

Le célèbre détective belge Hercule Poirot prend l’Orient-Express qui relie Istanbul à Calais (via le Simplon et Lausanne). En cours de route, un escroc en antiquité est assassiné, alors que le train est bloqué en pleine montagne par une avalanche.

Le dernier film de Kenneth Branagh, c’était Cendrillon, le remake de Disney en film. Il avait réussi à faire plus sexiste, plus mièvre et plus judéo-chrétien niais que l’original de 1950. Ce qui fait que j’étais un peu méfiante. Dans la foulée, j’ai une fois de plus pesté contre mon Gaumont Multiplex qui a mis le film dans une petite salle et le passe en VF sous-titré pour malentendant aux 2 séances du soir. Je suppose qu’ils se sont dit que c’était un film de vieux… bref, je me demande si mon abonnement illimité à Gaumont ne touche pas à sa fin.

Nous sommes alors allée Leirnette et moi dans notre « cinéma de quartier » : petite salle, un seul film, salle moins confortable et écran plus petit… mais film en VO. Et la VO en vaut la peine. Kenneth Branagh parle avec un très bel accent français tout en se débrouillant pas si mal en français d’ailleurs. Il s’est entouré d’acteurs shakespeariens comme lui (il parait qu’il a décidé de devenir acteur en voyant jouer Derek Jacobi qui a dans le film un somptueux accent de majordome anglais). Si on ajoute les personnages américains et sud-américain, russe, allemand et français, c’est vraiment le film à voir en VO.

Et en plus c’est un bon film. Kenneth Branagh s’est débrouillé pour rendre le charme désuet à la fois d’un roman d’Agatha Christie et de l’Orient-Express et en même temps, a modernisé l’histoire et a ajouté de magnifiques scènes à Jérusalem, Istanbul et dans les Alpes.

Evidemment, je connais l’histoire par coeur (mais pas Leirnette qui était avec moi) et on a toutes les deux bien accroché. Les acteurs sont tous excellents, fidèle à l’idée qu’on se faisait d’eux, surtout si on a vu Peter Ustinov en Hercule Poirot (encore une série que je regardais avec maman). Des scènes sont assez fidèles à la version de Sydney Lumet, mais Hercule Poirot bouge plus, est plus intrépide (sans toutefois devenir un combattant).

Bref, je vous conseille avec enthousiasme ce film et j’espère bien qu’on aura après « Mort sur le Nil » comme le suggère la fin du film.

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