{"id":394,"date":"2006-04-25T09:43:34","date_gmt":"2006-04-25T07:43:34","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/2006\/04\/25\/kro-dense\/"},"modified":"2009-05-20T22:06:25","modified_gmt":"2009-05-20T20:06:25","slug":"kro-dense","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/2006\/04\/25\/kro-dense\/","title":{"rendered":"Kro dense"},"content":{"rendered":"<p>Dans la s\u00e9rie \u00ab Bouquin de classe \u00bb, voici une autre Kro s\u00e9rieuse et pas marrante pour 2 sous.<br \/>\nMais je vous rassure, la suivante sera plus fun, je vous ferais une Kro BATO.<\/p>\n<p>Paola Tabet (2004) La grande arnaque, Sexualit\u00e9 des femmes et \u00e9change \u00e9conomico-sexuel, L\u2019&rsquo;Harmattan<br \/>\n<!--more--><br \/>\nBon, quand m\u00eame, et avant de tomber dans le s\u00e9rieux :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.plusminus.ru\/flashbag.html\">Un site de gadgets idiots et probablement bidon <\/a><\/p>\n<p>Un site pour vous apprendre \u00e0 faire un <a href=\"http:\/\/hansa.i-net.lt\/fi%20les\/voiture.swf\">cr\u00e9neau <\/a> :<\/p>\n<p>et enfin des nouvelles de <a href=\"http:\/\/www.generation-precaire.org\/article.php3?id_article=210\">G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire<\/a> :<\/p>\n<p>Le mouvement g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9caire est n\u00e9 d\u2019un appel \u00e0 la gr\u00e8ve spontan\u00e9 et diffus\u00e9 sur internet d\u00e9but septembre 2005, destin\u00e9 \u00e0 d\u00e9noncer une situation intol\u00e9rable : l\u2019existence d\u2019un v\u00e9ritable sous-salariat toujours disponible, sans cesse renouvel\u00e9 et sans aucun droit. A la suite de cet appel s\u2019est tiss\u00e9 un r\u00e9seau de stagiaires, pr\u00e9sents ex ou futurs, ayant en commun d\u2019\u00eatre r\u00e9volt\u00e9s face au constat qu\u2019il est aujourd\u2019hui possible et l\u00e9gal d\u2019encha\u00eener des stages non-pay\u00e9s ou sous-pay\u00e9s malgr\u00e9 une formation souvent pointue et renforc\u00e9e par de nombreuses exp\u00e9riences. [\u0085]<br \/>\nNos revendications sont simples : que le stagiaire b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un v\u00e9ritable statut int\u00e9gr\u00e9 dans le droit du travail. Ce statut doit comprendre une r\u00e9mun\u00e9ration minimum, progressive et sur laquelle seront pr\u00e9lev\u00e9es toutes les cotisations sociales en vigueur. Les conflits du travail n\u00e9s dans le cadre d\u2019un stage doivent \u00e9galement relever de la comp\u00e9tence des Prud\u2019hommes.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, je vous laisse avec Paola Tabet :<\/p>\n<p><strong>Paola Tabet (2004) La grande arnaque, Sexualit\u00e9 des femmes et \u00e9change \u00e9conomico-sexuel, L\u2019Harmattan<\/strong><\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui fait d\u2019une femme une putain ? qu\u2019est-ce qu\u2019on entend par prostitution ? Et qu\u2019est-ce qui se cache derri\u00e8re l\u2019opprobre ? Ce livre est ce que j\u2019ai lu de plus intelligent sur la question et se situe au-del\u00e0 des d\u00e9bats souvent st\u00e9riles entre abolitionnistes et r\u00e9gulationistes. (on laissera tomber les arguments naturalistes du type : \u00ab puisque c\u2019est le plus vieux m\u00e9tier du monde, c\u2019est qu\u2019il est indispensable \u00bb. Le fait qu\u2019une situation ait toujours exist\u00e9 ne signifie pas qu\u2019elle est bonne). Si ces d\u00e9bats sont la plupart du temps des dialogues de sourds (et de sourdes), c\u2019est principalement parce qu\u2019ils aboutissent \u00e0 r\u00e9solutions ind\u00e9cidables : \u00ab la prostitution par son principe m\u00eame asservie les femmes \u00bb vs \u00ab la prostituions est un moyen et parfois le seul, pour certaines femmes d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une forme de libert\u00e9 \u00bb. Et quand on \u00e9chauffe les esprits, on en arrive \u00e0 opposer : \u00ab on ne peut acheter un vagin \u00bb vs \u00ab la lib\u00e9ration de la sexualit\u00e9 des femmes passe par une sexualit\u00e9 marchande, si elles l\u2019ont choisie \u00bb. Bref, on ne s\u2019en sort jamais. L\u2019impasse vient du fait que la question de d\u00e9part est mal pos\u00e9e : avant de savoir si on est pour ou contre la prostitution, il faut d\u2019abord se demander ce qu\u2019est la prostitution.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les apparences, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre une question simple. On aurait tendance \u00e0 r\u00e9pondre : la prostitution, c\u2019est un rapport sexuel r\u00e9tribu\u00e9. Seulement, on se rend compte que cette d\u00e9finition est loin d\u2019\u00eatre satisfaisante. En effet, qu\u2019appelle-t-on une pute dans le langage courant ? Une femme qui couche avec plusieurs hommes \u00e0 la fois, une femme qui aime s\u00e9duire, une femme qui g\u00e8re sa sexualit\u00e9 comme elle l\u2019entend. L\u2019argent n\u2019entre pas en ligne de compte. \u00ab Toutes des salopes sauf ma m\u00e8re \u00bb montre bien que les femmes sont toutes des putains potentielles. Ce qui peut \u00e9ventuellement les sauver, c\u2019est la maternit\u00e9 (dans le mariage, bien s\u00fbr). C\u2019est encore une fois une mani\u00e8re de faire passer pour un fait de nature le produit d\u2019un rapport social. Le \u00ab whore Stigmata \u00bb, le marquage (inf\u00e2mant) de pute est un moyen s\u00fbr de maintenir les femmes dans le droit chemin de la morale.<\/p>\n<p>Si l\u2019argent n\u2019est pas n\u00e9cessaire pour d\u00e9finir ce qu\u2019est une putain, il n\u2019est pas non plus une condition suffisante. Dans de tr\u00e8s nombreuses soci\u00e9t\u00e9s, africaines ou asiatiques, les rapports sexuels avec les femmes impliquent une r\u00e9tribution, en cadeau ou en argent. L\u2019opprobre ne va pas \u00e0 la femme qui \u00e9change des rapports sexuels contre un cadeau, mais \u00e0 l\u2019amant qui entretiendrait des rapports avec une femme sans rien lui donner en \u00e9change. Ou encore \u00e0 la femme qui aurait des rapports sexuels gratuits avec les hommes qu\u2019elle choisirait pour le plaisir.<\/p>\n<p>Il existe par exemple dans certaines r\u00e9gions d\u2019Afrique des formes de mariage, limit\u00e9 dans le temps, o\u00f9 on d\u00e9finit dans un contrat les attentes et devoirs des deux parties. Les femmes \u00e9changent un travail domestique et sexuel contre de l\u2019argent, pendant une dur\u00e9e fixe. Les enfants n\u00e9s durant ce mariage sont sous la d\u00e9pendance financi\u00e8re du mari et appartiennent \u00e0 sa lign\u00e9e. Si l\u2019homme ne paie pas ce qui est stipul\u00e9 dans le contrat, la femme est l\u00e9gitimement en droit de protester. Ce type de mariage n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme de la prostitution.<\/p>\n<p>Finalement, on nommera putain :<br \/>\n&#8211; la femme qui fait un usage incorrect de sa sexualit\u00e9, en dehors des r\u00e8gles d\u2019\u00e9change et de morale de sa soci\u00e9t\u00e9<br \/>\n&#8211; l\u2019usage incorrecte des femmes par les hommes (sans que les femmes n\u2019aient \u00e0 donner leur avis) : les femmes viol\u00e9es collectivement et marqu\u00e9es \u00e0 vie par le d\u00e9shonneur, les femmes vol\u00e9es et utilis\u00e9es comme esclaves \u00e0 des fins sexuelles, bref, les femmes retir\u00e9es de force des r\u00e8gles d\u2019\u00e9change<br \/>\nAinsi, nous avons une diff\u00e9rence entre les femmes \u00ab bien \u00bb qui exercent ou subissent un usage l\u00e9gitime de leur corps, et les mauvaises femmes qui exercent ou subissent un usage incorrect et qu\u2019il s\u2019agit de stigmatiser, afin d\u2019inciter les femmes bien \u00e0 le rester.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi plut\u00f4t que de parler de prostitution, Paola Tabet nous parlera des \u00e9changes \u00e9conomico-sexuels.<\/p>\n<p>Venons-en maintenant strictement aux femmes qu\u2019on consid\u00e8re comme prostitu\u00e9es. Peut-on consid\u00e9r\u00e9 la prostitution comme une subversion, un instrument de lib\u00e9ration de la sexualit\u00e9 des femmes ? L\u00e0 encore, il faut r\u00e9pondre prudemment et prendre en consid\u00e9ration les diverses facettes de la prostitution. N\u00e9anmoins et en avant-propos, il vaut se souvenir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un travail \u00ab de femmes \u00bb, qui, quelque soit le pouvoir de n\u00e9gociation des prostitu\u00e9es, engage avant tout et exclusivement leur corps, un travail li\u00e9 de mani\u00e8re fondamentale aux rapports sociaux de sexe : c&rsquo;est-\u00e0-dire le d\u00e9faut d\u2019acc\u00e8s des femmes aux ressources, outils et moyens de production : le roc solide de la domination masculine.<\/p>\n<p>Paola Tabet raconte les trajectoires de plusieurs femmes africaines, par exemple les Malayas (prostitu\u00e9es) de Nairobi ou de Niamey. Certaines m\u00e8nent une vie plut\u00f4t favorable. Elles obtiennent une vraie libert\u00e9 financi\u00e8re, ouvrent des boutiques, font construire des maisons. Au matin, elles se retrouvent toutes ensemble pour manger et discutent en riant de leurs aventures de la nuit. Pour autant, elles vivent une vie dangereuse, victimes de vol, de viol, d\u2019extorsion ou de pers\u00e9cutions polici\u00e8res.<\/p>\n<p>Elles sont souvent venues \u00e0 la ville pour fuir une situation familiale insupportable : contraintes au mariage par leurs familles, ramen\u00e9es de force \u00e0 leur mari si elles se sauvent, contraintes dans certaine tribus de se soumettre \u00e0 des rapports sexuels avec les amis ou la famille de leur mari ou les hommes avec lesquels il est en relation d\u2019affaire. Elles sont tenues en plus de s\u2019occuper de l\u2019entretien domestique, de l\u2019approvisionnement en bois, eau, nourriture, etc. Leurs enfants ne leur appartiennent pas mais sont rattach\u00e9es \u00e0 la famille de leur mari. Enfin, la vie de femme mari\u00e9e inclut la plupart du temps des coups, absolument in\u00e9vitable car \u00ab on ne peut pas emp\u00eacher un homme de taper \u00bb. Les Malaya travaillent pour elles seules et font des enfants pour elles seules.<\/p>\n<p>Prenons \u00e0 titre d\u2019exemple l\u2019histoire de Kadidjatou, une Malaya de Niamey. Elle raconte comment tout d\u2019abord elle a \u00e9t\u00e9 contrainte au mariage par le viol. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre enfui plusieurs fois de chez son mari et toujours ramen\u00e9e, elle a fini par fuir \u00e0 la ville o\u00f9 elle a trouv\u00e9 refuge chez une vielle dame. Celle-ci lui a expliqu\u00e9 qu\u2019elle pouvait rester \u00e0 condition d\u2019avoir des rapports avec les hommes. Finalement, cette femme l\u2019a contrainte \u00e0 la prostitution \u00e9galement par le viol, puis elle s\u2019est \u00ab habitu\u00e9e \u00bb. Par la suite, elle a fait des allers-retours entre situation de mariage et prostitution. Mais elle en conclue que la vie de Malaya est celle qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8re, car au moins, elle retire un b\u00e9n\u00e9fice des rapports qu\u2019elle a avec les hommes et qu\u2019elle n\u2019est pas oblig\u00e9e de travailler toute la journ\u00e9e pour un mari qui la frappe.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, on peut se demander s\u2019il s\u2019agit de choix mais plut\u00f4t de l\u2019absence de vraie alternative. C\u2019est la qu\u00eate d\u2019une solution de vie la plus vivable ou la moins intol\u00e9rable. En d\u00e9finitive, ce choix de prostitution n\u2019est une lib\u00e9ration ou une subversion que dans ce contexte particulier d\u2019une situation d\u2019oppression domestique intenable.<\/p>\n<p>Ce contexte est \u00e0 rapprocher des interviews de prostitu\u00e9es am\u00e9ricaines victime d\u2019inceste : \u00ab La premi\u00e8re fois que j\u2019ai lev\u00e9 un client, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j\u2019ai eu l\u2019impression de contr\u00f4ler ma sexualit\u00e9 \u00bb dit l\u2019une d\u2019elle. L\u00e0 encore, si la prostitution a un parfum de lib\u00e9ration ou de r\u00e9volte, il faut bien comprendre que c\u2019est en regard d\u2019une situation personnelle intenable. L\u00e0 encore, dans quelle mesure peut-on dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un choix ? C\u2019est plut\u00f4t la seule option qu\u2019on leur laisse et qui leur permet de continuer \u00e0 vivre.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on en vient au titre du livre : la grande arnaque. Comment le plus pauvre des hommes peut-il toujours se payer le service de la femme la plus pauvre\u0085 alors que la femme la plus pauvre non seulement ne peut s\u2019offrir un service sexuel mais n\u2019a m\u00eame pas le droit \u00e0 sa propre sexualit\u00e9.<br \/>\nLes femmes sont faites pour avoir des enfants, les femmes n\u2019ont que leur sexe pour vivre, les femmes ont leur terre entre les jambes\u0085 Il est donc normal qu\u2019elles d\u00e9pendent des hommes. Ainsi, dans un tour de passe-passe, tout le travail domestique des femmes est accapar\u00e9 et rendu invisible. Ce qu\u2019on occulte \u00e9galement, c\u2019est l\u2019expropriation des femmes des ressources et moyens de production. Et par un renversement id\u00e9ologique de la r\u00e9alit\u00e9, la domination masculine devient un fait de nature. On fait alors croire aux femmes que leur seule richesse est leur sexe et en m\u00eame temps, on leur confisque leur sexualit\u00e9 en les privant de leur droit au plaisir et au d\u00e9sir. Une double tricherie se profile derri\u00e8re les rapports de sexe qui donnent aux hommes dans chaque soci\u00e9t\u00e9 le pouvoir juridique, \u00e9conomique et politique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la s\u00e9rie \u00ab Bouquin de classe \u00bb, voici une autre Kro s\u00e9rieuse et pas marrante pour 2 sous. Mais je vous rassure, la suivante sera plus fun, je vous ferais une Kro BATO. 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