Défi 2014 : scénario n° 18 : L’orteil de Ker-Gselzehc Jones

Scénario sur le Disque-Monde (de Terry Pratchett).

Si vous êtes censés participer à ce scénario en tant que joueurs, ne lisez pas plus loin…

Merci à Daniel pour Ker-Gselzehc Jones… !-)

Ce scénario a pour cadre les Îles Brunes (Brown Islands), décrites (pour la deuxième époque du Disque-Monde) dans Discworld Also (pages 74 à 82). La raison pour laquelle les personnages se trouvent dans l’archipel dépendra de l’époque à laquelle ce scénario prend place et de la campagne dans laquelle il s’insère : ils peuvent être des explorateurs (suivant ou non les traces de Ker-Gselzehc Jones), avoir atterri là par hasard, s’y être échoués après un naufrage, y avoir été débarqué par des pirates, être venus y faire du commerce, etc… Ils pourraient même être des indigènes.

Tu’atha-atha

L’île sur laquelle ils se trouvent précisément est celle mentionnée dans le livret accompagnant la carte du Disque-Monde (The Discworld Mapp) : il y pleut beaucoup, le chant en chœur y a été élevé au statut d’art martial, et les cérémonies religieuses les plus remarquables y impliquent deux équipes de quinze hommes qui s’estropient mutuellement en courant après un ballon qui n’est même pas rond, comme cela se fait au Ker-Gselzehc (les informations à son sujet étant très lacunaires, le reste de ma description de l’île, à commencer par son nom, Tu’atha-atha, n’est pas tiré du canon pratchettien ; il se peut toutefois que des détails mineurs glissés dans l’un ou l’autre des volumes des annales du Disque-Monde m’aient échappé et viennent me contredire ; il est également à noter que je n’ai pas considéré que l’île en question était celle décrite dans Discworld Also (pages 77 et 78) sous le nom de Llapffargoch-Wokkaiiooii : Ker-Gselzehc Jones a bien entendu visité plusieurs des Îles Brunes…).
Sur le pourtour de Tu’atha-atha ont été érigées quarante grandes statues de pierre représentant des têtes humaines stylisées regardant vers la mer, sans doute la version locale d’un cromlech.
Les albatros futiles (pointless albatross, GURPS Discworld p 169) viennent pondre et couver leur œuf unique sur les plages de l’île, et prennent leur lourd envol en courant désespérément sous la pluie, ailes battantes, sur le sable plat.
Tu’atha-atha est également un bon spot de surf (pour employer un vocabulaire venu du Globe-Monde).
Contrairement au reste des Îles Brunes, Tu’atha-atha montre une très nette influence ker-gselzehcienne. Cela est en particulier visible dans l’importance de la religion druidique et de la tradition bardique. Le druidisme occupe une part centrale dans la société tu’athaine : Ker-Gselzehc Jones appartenait à une secte pratiquant une version très stricte de cette religion, et le mélange avec la société beaucoup plus relâchée des Îles Brunes a créé quelques tensions. Ainsi, les chefs pratiquent un druidisme orthodoxe et parfois intégriste, dans la droite lignée des enseignements religieux de Ker-Gselzehc Jones, alors que le peuple a plutôt tendance à suivre les coutumes et cérémonies druidiques par habitude et sans se prendre la tête avec le strict respect des dogmes (voire en y incorporant des survivances d’anciennes coutumes insulaires datant d’avant l’arrivée de l’explorateur) : le clergé et les croyants les plus arque-boutés sur la fidélité aux plus pures traditions druidiques sont souvent ressentis comme des casse-pieds rébarbatifs imposant des contraintes pénibles, surtout parmi la jeunesse, et il est probable que ce soit là l’opinion des personnages eux-mêmes.
Aussi, lorsque l’occasion se présentera de jouer un bon tour (sans méchanceté) aux druides, il est probable que les aventuriers sautent sur l’occasion sans se faire prier ; surtout si le MJ a bien pris soin, avant de lancer le scénario, de mettre en scène quelques occasions où ils se sont faits rabrouer ou rappeler à l’ordre pour des comportements non strictement conformes à la foi druidique (il n’est cependant pas nécessaire d’aller jusqu’au sacrifice humain…).

Heivaa

Il y a une coutume ker-gselzehcienne qui fait l’unanimité pour elle dans la population tu’athaine, aussi bien chez les partisans du druidisme le plus contraignant que chez les jeunes en rébellion (comme partout) contre l’ordre établi par leurs anciens : c’est la bière. Brassée sur place par les druides de l’ordre de la stricte observance (qui sont tous des hommes), à partir de la racine réduite en farine d’une plante insulaire, l’aivaa, elle est au cœur de toute la vie sociale et religieuse de l’île, et plus encore à toutes les occasions festives. Elle coule donc tout particulièrement à flots pendant le mois de heivaa, période de l’année consacrée à la fête : compétitions de navigation sur planche de pêche (ce que les gens du Globe-Monde désigneraient sous le terme de surf), lutte, tir à l’arc, natation, danses et ripailles en tous genres ; et bien entendu les deux grandes activités typiquement locales se prêtant à la compétition en dehors de la planche de pêche : le chant en chœur et l’affrontement cérémoniel sur la plage entre deux équipes de quinze pour la possession d’un ballon même pas rond (activité appelée la saoule, en raison de sa troisième mi-temps grande consommatrice de bière).

Les personnages peuvent se contenter d’assister en spectateurs aux festivités (voire attendre qu’elles prennent fin avec une impatience plus ou moins grande), ou participer à certaines compétitions ; mais quoi qu’ils fassent, ils seront écartés des chorales de bardes comme des équipes de saoule (si leurs qualités leur permettraient raisonnablement d’y obtenir une place, le motif de leur exclusion sera d’ordre religieux).

Ha’ka

S’ils sont déçus de rester sur la touche, ils ne sont pas les seuls. Et l’un des exclus, Ha’ka, un jeune d’allure rebelle encore plus costaud que la plupart des Tu’athains, fort occupé à chercher la consolation dans la bière avec ses amis, aura à voix haute l’idée suivante : puisque les druides cramponnés sur le respect de leurs traditions sclérosées n’ont pas daigné leur permettre de participer aux compétitions les plus prestigieuses (la saoule en ce qui le concerne), pourquoi ne pas leur jouer un bon tour en leur dérobant la précieuse relique du gros orteil droit de Ker-Gselzehc Jones et en l’enterrant dans le sable de la plage, à la place d’un œuf de tortue marine (animal sacré pour les habitants des autres Îles Brunes, en raison de sa parenté avec la Grande A’Tuin) qui irait le remplacer dans son reliquaire ? Cette plaisanterie bon enfant, qui ne manquerait pas d’être découverte lorsque le reliquaire serait amené sur la plage pour que son contenu soit montré à la foule avant la finale du tournoi de saoule, mettrait un peu d’animation amusante ; il suffirait alors qu’une voix anonyme dans la foule révèle que la relique est dissimulée sur la plage pour que le match se transforme en une cocasse chasse à l’orteil dans le sable, à laquelle participeront les joueurs des deux équipes et les druides (et d’autant plus incongrue qu’en principe, on passe plutôt son temps à chasser le sable parmi ses orteils).
La boisson aidant, Ha’ka propose aux personnages de réaliser la substitution pour le plaisir d’emmerder les druides (les met au défi de le faire, parie qu’ils n’en sont pas capables, le leur demande gentiment, ou tout autre moyen si vos joueurs ont besoin qu’on les pousse à faire accomplir un tel acte par leurs persos). À noter que les personnages auront peut-être une meilleure idée (c’est-à-dire une idée plus loufoque) de plaisanterie à faire aux druides…

Kunekune

Le gros orteil droit de Ker-Gselzehc Jones est précieusement (et pieusement) conservé dans le faré de Setruktournsouzunix (Setruk pour les intimes), le grand druide de Tu’atha-atha, dans un coffret en écaille de tortue placé au centre d’un cercle de pierres miniatures. Le faré est toujours ouvert, mais il ne viendrait à personne l’idée de s’y introduire pour dérober la relique.

Les deux chiens efflanqués de Setruk pourraient donner de la voix à l’intrusion des personnages, et alerter le voisinage. Ils ne sont pas méchants, et tout ce que les aventuriers risquent est d’attraper des puces à leur contact, ou de mettre le pied droit dans l’une de leurs déjections.

Plus dangereux est Kunekune, le cochon sauvage apprivoisé du grand druide, un animal qui vit dans la forêt proche du village mais vient souvent traîner autour du faré pour se faire nourrir et gratter entre les oreilles par Setruktournsouzunix. Plus qu’un simple cochon, c’est un véritable razorback à la gueule ornée d’impressionnantes défenses. Il rôdera autour du faré pendant le fric-frac des personnages. Kunekune ne tolère la présence d’humains sur son territoire qu’à la condition qu’ils soient en compagnie de son « maître » : il attaquera donc les intrus, qu’il pourra poursuivre sur de longues distances, contraindre à grimper à un arbre ou à se jeter à la mer, etc… Si les aventuriers parviennent à le distancer, il pourra réapparaître plus tard dans le scénario, éventuellement de façon récurrente (il pourrait même faire une apparition remarquée pendant qu’ils assistent à un match de saoule, et les contraindre à traverser le terrain en courant). Si les personnages le tuent, ils ont intérêt à dissimuler leur forfait, car Setruktournsouzunix leur en voudra énormément.

Le reliquaire n’est pas fermé à clé. À l’intérieur se trouvent les os de l’orteil de Ker-Gselzehc Jones, miraculeusement préservés et que les druides montrent à la foule aux grandes occasions religieuses. Le fait que l’explorateur soit mort de vieillesse chez lui en Ker-Gselzehc ne semble perturber personne ; pas plus que le fait que l’ongle de l’orteil soit visiblement en écaille de tortue, et que les os ressemblent tellement à ceux d’un doigt de porcelet qu’un non-initié pourrait raisonnablement croire que c’en sont bien.

A’loha

Les personnages qui auraient souhaité participer aux compétitions de chant mais n’ont pu trouver de place dans une chorale croiseront le chemin du barde A’loha et de son ukulélé renforcé.
A’loha a lui aussi été écarté de toutes les chorales constituées, aussi cherche t-il à en monter une lui-même : il proposera donc aux personnages de se joindre à lui ; à moins que ce ne soient les aventuriers eux-mêmes qui cherchent à monter leur propre groupe et le recrutent dans ce but (si les persos chanteurs sont peu nombreux, la chorale sera complétée par quelques PNJ). Une fois la chorale constituée, son inscription au concours ne sera qu’une formalité.

Ce que les personnages ignorent certainement encore à ce stade, c’est qu’A’loha chante (et joue) affreusement faux, raison pour laquelle aucune chorale n’a voulu de lui. Lors des éventuelles répétitions, ils pourront commencer à s’en rendre compte, mais le désastre ne prendra toute son ampleur qu’en compétition : là, A’loha se lâchera vraiment, et avec l’augmentation du volume viendra celle des fausses notes et autres discordances, de plus en plus désagréables car les autres participants (au moins ceux des autres chorales, et les éventuels PNJ dans la sienne) tenteront de chanter et/ou de jouer plus fort pour couvrir ses horreurs, ce qui l’incitera à chanter et à jouer lui-même de plus en plus fort, et donc de plus en plus faux. La compétition de chœurs tournera à quelque chose de comparable à un concours de « C’est à bâbord qu’on gueule, qu’on gueule, c’est à bâbord qu’on gueule le plus fort », pour ceux qui connaissent ce chant traditionnel des étudiants de Quirm : chaque chorale tentant de faire le plus de bruit possible pour couvrir celui fait par A’loha, conduisant plus d’un participant à l’extinction de voix.
Le concours de chant finira par tourner à la bagarre, public, juges et concurrents (voire ses propres coéquipiers) demandant à A’loha de se taire et de cesser de jouer, et celui-ci refusant et redoublant au contraire d’efforts (et le moins que l’on puisse dire est qu’il a vraiment une voix puissante, à côté de laquelle celle du mythique troll Stentor semblerait fluette).
A’loha ayant un physique de gringalet (du moins pour un natif des Îles Brunes, ceux-ci tendant souvent à être particulièrement massifs), certains pourraient croire qu’il leur sera relativement facile de le contraindre au silence ; mais ils risquent d’en être pour leurs frais, car comme la bagarre le montrera et à la surprise générale, le barde se révèle être aussi doué pour les arts martiaux traditionnels agatéens qu’il chante faux. En effet, dans ses jeunes années il s’est souvent fait taper dessus par des brutes au cri de « Non, tu ne chanteras pas ! » qu’il a appris à se défendre lors d’un exil de quelques années à Bès Pélargic.
Après une bagarre mémorable, il sera décidé de créer une nouvelle catégorie (roc’n’growl) dans le concours de chœurs, catégorie dans laquelle la chorale d’A’loha sera seule à concourir et remportera donc rapidement un prix, ce qui lui permettra d’arrêter de s’exprimer en musique pour aller adoucir son gosier éraillé à grands renforts de bière.

L’œuf de Ker-Gselzehc Jones

Le clou des fêtes de heivaa est traditionnellement le grand match qui oppose les deux meilleures équipes de saoule, match juste avant lequel est présenté à l’assistance le gros orteil droit de Ker-Gselzehc Jones.
Si les personnages ont réussi leur substitution, c’est un œuf de tortue que le grand druide Setruk sortira du reliquaire, au grand étonnement de l’assistance. Mais la réaction ne sera certainement pas celle escomptée par les instigateurs de la plaisanterie, à commencer par Ha’ka : car les druides, après un rapide conciliabule, décideront qu’il s’agit d’un miracle, et que Ker-Gselzehc Jones va revenir sur le Disque-Monde, réincarné à l’image de la Grande A’Tuin, faisant ainsi le lien entre le druidisme et l’ancienne religion de Tu’atha-atha (malheureusement pour cette théorie, l’œuf ayant été trop longtemps soustrait à la chaleur du sable ensoleillé, ne pourra éclore).
Toute tentative pour lancer les trente saoulards à la recherche de la relique enfouie dans le sable ne rencontrera aucun succès. Après le match, un gamin trouvera sur la plage, à peu près au milieu du terrain, trois os d’une patte de porcelet et un morceau de carapace de tortue. Il s’amusera à lancer les os le plus loin possible dans la mer, et gardera l’écaille parce qu’elle est jolie, avant de la perdre au bout de quelques jours.
Quant à l’œuf, il sera conservé quelques temps dans le reliquaire jusqu’à ce que Setruktournsouzunix, incommodé par l’odeur d’œuf pourri qu’il finira par dégager, s’en débarrasse sur son tas d’ordures, où Kunekune le découvrira et n’en fera qu’une bouchée…

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