Voila, je viens de finir frenetiquement “Le maitre et Marguerite” de Mikhail Boulgakov, achete pour 2 EUR aux brocanteurs de la place de la Cathedrale a Strasbourg cet ete, et qui trainait dans un coin obscur de ma chambre depuis. Je suis entrain de reflechir a comment raconter juste ce qu’il faut pour donner envie de lire ce livre, sans reveler les petits secrets croustillants et delirants qui se cachent a chaque page… Alors, ca se passe a Moscou, dans les annees 30 je crois, tout le monde appelle son prochain “citoyen” ou “citoyenne”, et le premier chapitre raconte comment Ivan Nikolaievitch Biezdommy, jeune poete, et Berlioz (non, pas le compositeur, mais l’ecrivain Mikhail Alexandrovitch) se promenent autour de l’etang du Patriarche. Berlioz est le president du M.A.S.S.O.L.I.T., la formidable association moscovite d’ecrivains, de poetes et de dramaturges, qui possede une somptueuse demeure dans la banlieue (l’ancienne maison de Gribodeiov) et qui se charge de loger ses membres, de leur payer des voyages creatifs a Yalte, et qui les fournit en caviar, vodka glacee, esturgeons rotis et autres cailles au champagne (on voit bien ici l’ironie mordante et cruelle de Boulgakov). Donc, Biezdommy et Berlioz se promenent autour de l’etang du Patriarche, debattant de l’existence de Jesus, lorsqu’apparait un etranger, repondant au nom de Woland, qui leur assure que si, bien sur, Jesus a parfaitement existe, et qui leur conte une journee dans la vie de Ponce Pilate, en ce mois de Nisan, lorsqu’il fit executer un vagabond du nom de Yeshua. C’est a partir de ce moment la que Moscou va etre secouee par une serie d’evenements plus bizarres et surnaturels les uns que les autres, et au coeur de ces evenements, on retrouve toujours ce mysterieux etranger Woland, ainsi que sa suite composee d’un chat noir qui parle et qui marche comme un humain et d’une grande courge repondant au nom de Koroviev.
Le roman se lit d’une traite (j’ai mis quelques jours, quand meme), et est d’une vitalite etonnante, enchainant les recits surnaturels et fantastiques sans s’egarer une seconde. On voit s’amasser dans l’hopital psychiatrique du docteur Stravinsky les malheureuses victimes de Woland, l’homme en noir, le sataniste et specialiste en magie noire, et pourtant, on sourit a chaque paragraphe. Ce n’est que vers la moitie du livre que l’on fait d’ailleurs la connaissance du Maitre et de Marguerite, mais on ne les quittera plus jusqu’a a la fin. En quelques mots, c’est un livre cruel, ironique, vivant, poetique, romantique, historique, et russe (oui, tout ca a la fois). Russe, parce que tous les dialogues me font penser a cette chaleur rugueuse des quelques pauvres poemes que l’on a appris en cours et dont je me souvienne, et des quelques livres russes que j’ai lu ces dernieres annees. En tout cas, c’est un livre formidable, je le recommande chaudement.