{"id":292,"date":"2005-04-23T22:06:17","date_gmt":"2005-04-23T20:06:17","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/2005\/04\/23\/kro-virtuelle\/"},"modified":"2009-05-20T22:08:55","modified_gmt":"2009-05-20T20:08:55","slug":"kro-virtuelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/2005\/04\/23\/kro-virtuelle\/","title":{"rendered":"Kro virtuelle"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019Adieu au corps, David Le Breton<\/p>\n<p>Identification des sch\u00e9mas de William Gibson<br \/>\n<!--more--><br \/>\n<strong>L\u2019Adieu au corps, David Le Breton<\/strong><\/p>\n<p>La religiosit\u00e9 gnostique pousse au bout la haine du corps. L\u2019\u00e2me a chut\u00e9 dans le corps o\u00f9 elle se perd. L\u2019argument est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent chez Augustin et vient de tr\u00e8s loin, avec Platon qui envisage le corps comme le tombeau de l\u2019\u00e2me.<br \/>\nLe corps est le d\u00e9go\u00fbt, la chair de l\u2019homme est la part maudite, vou\u00e9e au vieillissement, \u00e0 la maladie, \u00e0 la mort.<br \/>\nLe Breton appelle \u00ab extr\u00eame contemporain \u00bb les tentatives in\u00e9dites de la technoscience d\u2019aujourd&rsquo;hui de provoquer des ruptures anthropologiques qui jettent le trouble dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Les repr\u00e9sentants de cet extr\u00eame condamne <em> \u00ab le corps anachronique, si peu \u00e0 la hauteur des avanc\u00e9es technologiques de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Le corps est le p\u00e9ch\u00e9 originel, la t\u00e2che sur une humanit\u00e9 dont certains regrettent qu\u2019elle ne soit pas d\u2019embl\u00e9e de provenance technologique. Le corps est un membre surnum\u00e9raire, il faudrait le supprimer \u00bb <\/em><br \/>\nIl fait le lien avec le travail de Lucien Sfez qui analyse le mythe contemporain de la sant\u00e9 parfaite en la mettant en relation avec l\u2019Adam d\u2019avant la Chute, un Adam sans Eve, donc sans sexualit\u00e9, sans maladie, sans mort, sans p\u00e9ch\u00e9. Un Adam sans autre et sans corps ou, ce qui revient au m\u00eame, un corps absolument parfait, un corps d\u00e9livr\u00e9 du corps, en somme.<\/p>\n<p>Ce livre traite deux fa\u00e7ons de rejeter le corps et le biologique, d\u2019une part en \u00e9tudiant les biotechnologies et les techniques reproductives (perso, c\u2019est pas ma tasse de th\u00e9) et la cyberculture, qui m\u2019int\u00e9resse bien plus.<br \/>\nIl a le m\u00e9rite d\u2019avoir compris \u00e0 quel point le virtuel peut \u00eatre \u00ab r\u00e9el \u00bb, important, concret et signifiant aussi pour le monde r\u00e9el.<br \/>\nLe cyberspace est un mode d\u2019existence \u00e0 part enti\u00e8re qui double la vie ordinaire. Il est porteur de langage, de cultures et d\u2019utopies. Il existe \u00e0 travers l\u2019enchev\u00eatrement des millions d\u2019ordinateurs, gr\u00e2ce \u00e0 des espaces immat\u00e9riels mais bien r\u00e9el de forum, de site, d\u2019informations, etc. <em><br \/>\n\u00ab Un monde o\u00f9 les fronti\u00e8res se brouillent et les corps s\u2019effacent o\u00f9 l\u2019autre existe dans l\u2019interface de la communication, mais sans corps, sans visage, sans autre toucher que celui du clavier de l\u2019ordinateur, sans autre regard que celui de l\u2019\u00e9cran. \u00bb<br \/>\n\u00ab le cyberspace est le moyen qui donne \u00e0 ses usagers le sentiment d\u2019\u00eatre corporellement transport\u00e9 du monde physique ordinaire \u00e0 des mondes d\u2019imagination purs \u00bb (Walser 1992)<br \/>\n\u00ab Loin d\u2019\u00eatre une illusion, la cyberculture est un champ de force et d\u2019action, une autre dimension du r\u00e9el, susceptible en ce sens de mobiliser de puissants affects [\u0085] La cyberculture en simulant le r\u00e9el selon la volont\u00e9, en alimentant un fantasme de toute puissance chez son usager, est une tentation parfois redoutable face \u00e0 l\u2019infinie complexit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ambivalence du monde. Le r\u00e9el est hors de toute ma\u00eetrise, in\u00e9puisable, il r\u00e9siste aux essais de le soumettre, de le rendre hospitalier \u00e0 un dessein personnel. Il implique un d\u00e9bat permanent avec soi et avec les autres. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du monde ne tient plus qu\u2019\u00e0 une fen\u00eatre pos\u00e9e sur lui. \u00bb p. 149<\/em><\/p>\n<p>Et m\u00eame s\u2019il fait un contre-sens dans sa perception du cyberpunk en g\u00e9n\u00e9ral, il a une vision assez juste des rapports au corps dans Neuromancien et une bonne perception du r\u00f4le et de la place de la SF :<em><br \/>\n\u00ab [\u0085la science-fiction] parait parfois une mise en \u00e9vidence des fondements sociaux de l\u2019existence contemporaine. La saisie des imaginaires qui agencent les orientations collectives \u00e0 venir trouve dans la science-fiction une voie royale de d\u00e9veloppement et de projection dans une trame sociale. Elle exp\u00e9rimente les sc\u00e9narios du futur proche et \u00e9claire d\u00e9j\u00e0 les processus en jeu dans le pr\u00e9sent \u00bb p. 159<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><strong>Identification des sch\u00e9mas de William Gibson<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/archives\/239202b.jpg\" border=\"0\" alt=\"239202b.jpg\" width=\"149\" height=\"198\" \/><\/p>\n<p>Alors, Gibson, je vous resitue le personnage.<br \/>\nEn 1984, il \u00e9crit un roman de SF intitul\u00e9 Neuromancer. Ce roman sera le lancement du mouvement cyberpunk, avec Cabl\u00e9, de Walter Jon Williams.<br \/>\nCe qu\u2019il y a de remarquable avec Neuromancien, c\u2019est qu\u2019il raconte les aventures d\u2019un net-runner qui se connecte dans la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle qu\u2019il nomme cyberspace.<\/p>\n<p>Souvenons du contexte historique : on est en 1984. La d\u00e9fense am\u00e9ricaine poss\u00e8de ARPANET et l\u2019universit\u00e9 NSFNET. Les 2 ne sont pas encore interconnect\u00e9s. On discute bien avec du TCP\/IP depuis 1975 et mais le world wide web ne sortira des cartons du CERN que l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Alors comment fait-il dans Neuromancien, pour cr\u00e9er un cyberspace encore cr\u00e9dible si nous relisons le roman aujourd&rsquo;hui ? C\u2019est tout simple, il ne le d\u00e9crit pas. Il le sugg\u00e8re, \u00e0 partir de l\u2019univers des jeux vid\u00e9o existants, il tourne \u00e0 fond sur les fantasmes et d\u00e9sirs de virtualit\u00e9s des hackers et laisse le lecteur construire sa repr\u00e9sentation. C\u2019est quitte ou double. Si on est dans les m\u00eames fantasmes que Gibson, on crie au g\u00e9nie. Le cas \u00e9ch\u00e9ant, on ne comprend rien.<\/p>\n<p>Depuis Neuromancien, Gibson s\u2019est calm\u00e9. Il \u00e9crit des romans plus grand public, dans lequel tout lecteur un tant soi peu technophile se retrouvera. L\u2019excellente s\u00e9rie : Lumi\u00e8re virtuelle \/ Idoru \/ All tomorows parties est \u00e0 la limite entre le technothriller (un futur tr\u00e8s proche ou un pr\u00e9sent qui parle surtout des technologies de pointe) et le cyberpunk.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, quand j\u2019ai lu Idoru, j\u2019ai eu la \u00ab r\u00e9v\u00e9lation \u00bb. Ce livre fonctionne sur 2 niveaux : il vous parlera si vous \u00eates technophile mais il sera particuli\u00e8rement en phase avec vos r\u00eaves si vous partagez la m\u00eame passion pour le virtuel que Gibson.<\/p>\n<p>Venons en enfin \u00e0 \u00ab Identification des sch\u00e9mas \u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/archives\/Gibson33.jpg\" border=\"0\" alt=\"Gibson33.jpg\" width=\"150\" height=\"231\" \/><\/p>\n<p>L\u00e0 on est vraiment dans le technothriller.<br \/>\nCayce Pollard est chasseuse de Cool. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019elle se balade dans les rues, elle observe et elle devine ce qui va \u00ab marcher \u00bb, ce qui va faire la mode\u0085 La fa\u00e7on que tel gamin, tel skater va porter une casquette ou va d\u00e9corer sa planche peut valoir de l\u2019or sur le march\u00e9 de la marque. Et elle n\u2019a pas son pareil pour savoir si tel signe, tel logo va marcher ou pas. Le moindre geste est vendable, on peut mettre un brevet sur la moindre attitude.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 son job, elle suit assid\u00fbment un forum Internet qui parle du Film. Le Film, c\u2019est en fait des fragments de quelques minutes de vid\u00e9o qu\u2019on retrouve \u00e7a et l\u00e0 sur internet et qui appartiennent \u00e0 une oeuvre globale.<\/p>\n<p>Qui cr\u00e9e le Film ? Personne ne le sait. Quel est le but ? Quelle histoire raconte-il, si tant est qu\u2019il en raconte une ? Est-ce une \u009cuvre en cours de cr\u00e9ation ? une \u009cuvre termin\u00e9e ? En tout cas, ce film par sa neutralit\u00e9, son intemporalit\u00e9, l\u2019absence de rep\u00e8re, son vide s\u00e9miotique, fascine toute une population d\u2019internautes qui en d\u00e9bat \u00e0 longueur de forum.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0 que Case est embauch\u00e9e pour rechercher l\u2019auteur du Film : qui peut \u00eatre capable de cr\u00e9er une \u009cuvre capable d\u2019exercer une fascination presque hypnotique par son absence de marque ? Le \u00ab\u00a0plan marketing\u00a0\u00bb de cette oeuvre est la grande trouvaille de ce d\u00e9but de si\u00e8cle et l&#8217;employeur de Cayce voudrait trouver ce \u00ab\u00a0g\u00e9nie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re moiti\u00e9 de ce livre m\u2019a litt\u00e9ralement fascin\u00e9e, sans qu\u2019il soit bien simple pour moi de dire ce qui me fascine. Certes, quand Gibson d\u00e9crit la vie du forum du Film, je me suis retrouv\u00e9e comme chez moi, pour avoir moi-m\u00eame pratiqu\u00e9 beaucoup un autre forum. Mais ce n\u2019est pas seulement des r\u00e9f\u00e9rences communes. Je ne connais pas grand-chose au \u00ab m\u00e9tier \u00bb de Cayce, qui est capable de reconna\u00eetre la marque d\u2019un v\u00eatement \u00e0 10 pas, ou m\u00eame son inspiration, sa tendance, son \u00e9poque, sa provenance. Non seulement, je n\u2019y connais rien, mais en plus, d\u2019ordinaire, je m\u2019en fous pas mal.<br \/>\nCe qui fascine, c\u2019est d\u2019une part des r\u00e9f\u00e9rences communes, mais aussi une fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire, des images invoqu\u00e9es, une histoire, bref, tout un ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui me font dire : c\u2019est g\u00e9nial. J\u2019identifie un sch\u00e9ma qui me parle fortement\u0085 preuve de l\u2019efficacit\u00e9 du propos quand on a la d\u00e9monstration directe de ce dont l\u2019histoire parle\u0085<\/p>\n<p>Sur ce, je vous livre un \u00a7 qui \u00e0 la fois illustre et explique :<br \/>\n<em><br \/>\n\u00ab Nous n\u2019avons pas la moindre id\u00e9e de ce que les habitants de notre futur seront. A ce sens, nous n\u2019avons aucun futur. Pas comme nos grands-parents en avaient un, ou pensaient en avoir un. Les futurs culturels enti\u00e8rement imaginables sont un luxe r\u00e9volu. Ils datent d\u2019une \u00e9poque ou \u00ab maintenant \u00bb durait plus longtemps. Pour nous, bien s\u00fbr, les choses peuvent changer si brusquement, si violement, si profond\u00e9ment que  les futurs comme celui de nos grands-parents n\u2019ont plus assez de maintenant pour s\u2019\u00e9tablir. Nous n\u2019avons aucun futur parce que notre pr\u00e9sent est volatil. Nous nous contentons de limiter la casse. De faire tourner les sc\u00e9narios du moment. Identification des sch\u00e9mas. \u00bb<br \/>\n<\/em><br \/>\nEt sinon, de mani\u00e8re plus l\u00e9g\u00e8re, j\u2019aime vraiment \u00e9normement :<br \/>\n<em><br \/>\n\u00ab alors, Tokyo, depuis les d\u00e9valuations, c\u2019est comment ? \u00bb<br \/>\n\u00ab \u00c7a ressemble plus \u00e0 maintenant qu\u2019avant \u00bb<br \/>\n<\/em><br \/>\nPhrase attribu\u00e9e \u00e0 Eisenhower mais qui m\u2019amuse beaucoup.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re partie du livre\u0085 rha ma foi, elle est bien, mais elle ne suscite pas la m\u00eame fascination que le d\u00e9but. L\u2019histoire avance et se d\u00e9noue, mieux que dans Idoru (ou la fin est quand m\u00eame un peu rat\u00e9e) mais pas d\u2019une mani\u00e8re que je trouve ni totalement cr\u00e9dible, ni totalement \u00e0 la hauteur de mes attentes (faut dire qu\u2019elles \u00e9taient hautes !)<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, c\u2019est un excellent livre, qui fournit en outre une balade dans Londres, Tokyo et Moscou qui vaut vraiment le d\u00e9tour. Autant je peux toujours avoir envie d\u2019aller \u00e0 Tokyo, autant la Russie angoisse beaucoup plus.<\/p>\n<p>Encore un mot sur la traduction.<br \/>\nJe vous disais r\u00e9cemment qu\u2019on avait souvent l\u2019impression de se faire arnaquer avec la politique \u00e9ditoriale des \u00e9diteurs qui traduisent les auteurs anglo-saxons.<br \/>\n\u00ab\u00a0Pattern recognition\u00a0\u00bb est sorti au Diable Vauvert sous le titre : Identification des sch\u00e9mas. Et apr\u00e8s une longue r\u00e9flexion au vu du contexte, c\u2019est une bonne traduction. La couverture est curieuse mais a un vrai rapport avec le contenu et la maquette int\u00e9rieure donne \u00e0 penser qu\u2019on n\u2019est pas entrain d\u2019acheter n\u2019importe quoi.<\/p>\n<p>Il y a eu beaucoup de probl\u00e8me de disque dur dans mon entourage ces derniers temps&#8230; alors si vous avez besoin de nettoyer votre disque dur :<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.datadocktorn.nu\/us_frag1.php\">datadocktorn<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Adieu au corps, David Le Breton Identification des sch\u00e9mas de William Gibson<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,9],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/292"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=292"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/292\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2458,"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/292\/revisions\/2458"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=292"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=292"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.bl0rg.net\/finis_africae\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=292"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}