Le secret de Terabithia
La trilogie steampunk
Le secret de Terabithia

Jess est un adolescent. Il a 4 sœurs, deux grandes qui n’arrêtent pas de se chamailler et d’être pénibles avec tout le monde, une petite de 5 ans, Mabel, avec laquelle il partage sa chambre et une encore bébé. Sa mère est sans cesse débordée par tous ses enfants et tentent d’équilibrer les comptes du foyer. Le père fait des heures sup à la quincaillerie pour y arriver.
A l’école, c’est pas la fête non plus. Il se fait harceler par les grandes brutes de sa classe, surtout parce qu’il est pauvre et renfermé. Et qu’il n’est pas lui-même une grande brute.
Un jour, arrive Leslie. Une fille pétillante, intelligente, issue d’un milieu intellectuel, qui elle aussi est suffisamment différente pour se faire harceler par une grande de 4e, celle qui raquette les petites qui vont aux toilettes.
Mais Leslie a un truc pour s’évader, qu’elle fait bientôt partager à Jess : dans la forêt derrière chez eux, elle invente tout un monde magique : Terabithia, dont ils seraient le roi et la reine. Alors, pour Jess, la vie commence à changer.

Si vous voyez la bande annonce de ce film, vous vous dites que vous allez voir le 12e Eragon à Narnia. Soyons clair, la bande annonce est mensongère, il est probable que la totalité des effets spéciaux s’y trouve. Effectivement, il y a des monstres et des créatures, ils sortent de l’esprit de Leslie et retournent dans la brume aussi vite.
Le film aborde surtout les difficultés d’être des ados pas populaires, ou pas riches, ou pas assez aimés, ou les trois. Il parle aussi du pouvoir de l’imagination, de rêver, d’avoir envie d’être quand même quelqu’un, et aussi du deuil.
C’est une des rares histoires où on voit un garçon et une fille être amis (et pas amoureux) et s’entre-aider vraiment, faire les mêmes choses ensemble. Une histoire avec une fille qui bricole comme un garçon et un garçon qui dessine comme une fille.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce film nous a surpris et je m’attendais à ce que Leirnette soit déçu : on lui vend un film d’heroic-fantasy, et elle récupère un film avec quasiment pas de fantasy et pas toujours drôle sur l’adolescence. Mais elle a aimé. Et même si ce film parlera plutôt aux pré-ados, bien sûr, à l’occasion il mérite quand même d’être vu. Et la gamine qui joue le rôle de Leslie (qui était la peste mâcheuse de chewing-gum dans Charlie et la Chocolaterie est vraiment fantastique.
La trilogie steampunk de Paul di Filipo
Ce livre est maudit. Après l’avoir chercher dans toutes les librairies de Lyon, je le commande… et je le perds dans l’avion. Donc, je le re-commande. Mais voilà, ça y est, je l’ai lu.
Le steampunk, c’est de la science-fiction à la Jules Verne. La période de référence étant en général l’Angleterre victorienne.
Un certain nombre de « faits » scientifiques de l’époque fonctionne réellement, comme l’ether, la naturopathie, le mesmérisme, etc. Les ordinateurs sont ceux de Babbage et les moteurs sont à la vapeur, « l’énergie galvanique » n’étant que balbutiante, voir inexistante (ces éléments ne sont pas dans le livre là, je parle en général, dans le steampunk).
Ce livre comporte 3 nouvelles.
Dans la première, la jeune Reine Victoria a disparu, quelques jours avant son couronnement. Heureusement, un jeune savant irresponsable a fait muter une espèce américaine de triton pour lui donner forme humaine, et, chose amusante, elle ressemble à la Reine. Elle va donc la remplacer en attendant qu’on la retrouve. Sa recherche va emmener le jeune savant dans les bas fonds londonien. Par ailleurs, il se trouve que la tritonne aux formes humaines a un certain nombre de besoins spécifiques : des mouches vivantes, un brumisateur pour sa peau et un certain appétit sexuel. Quant aux hommes, ils sont à la fois bourrés de principes (victorien, bien sûr) et de prétextes de toute sorte, au nom de la Sciences, de la Politique, ou des Mœurs

On comprend tout de suite qu’un auteur qui propose de remplacer Victoria par un triton lubrique ne peut être complètement sérieux…. Et d’ailleurs, la deuxième nouvelle qui met en scène un savant suisse convaincu que l’évolution des espèces est une profonde erreur ne manquera pas d’humour. Ce docte savant ambitieux se retrouve à pourchasser un fétiche constitué des parties génitales de la Vénus hottentote.
Ça mérite un petit topo (merci wikipedia) sur cette triste histoire.
Saartjie Baartman surnommée la Vénus Hottentote, serait née aux alentours de 1789 dans l’actuelle Afrique du Sud. Elle meurt à Paris le 29 décembre 1815.
Esclave, elle fut emmenée en Europe par un Britannique à Londres en 1810. Vendue, elle devient bête de foire où sa morphologie (hypertrophie des hanches et des fesses, organes génitaux protubérants) firent succès. Elle sera exposée en Angleterre, en Hollande et ensuite en France. Elle deviendra par la suite objet sexuel (prostitution, soirées privées).
Cuvier, zoologue et chirurgien, estime que Saartjie est la preuve de l’infériorité de certaines races. Peu après sa mort, il entreprend de la disséquer au nom du progrès des connaissances humaines. Il réalise un moulage complet du corps et prélève le squelette ainsi que le cerveau et les organes génitaux qu’il place dans des bocaux de formol. En 1817, il expose le résultat de son travail devant l’Académie de médecine, témoignage des théories racistes et des préjugés des scientifiques de l’époque : « Les races à crâne déprimé et comprimé sont condamnées à une éternelle infériorité ».
Mais les nouvelles de Di Filipo réarrangent l’histoire pour la rendre moins tragique. Agassiz se retrouve embarqué dans une aventure avec la fille de Saartje (dont la vie fut bien plus gai qu’en réalité) et son mari, un homme blanc, ce qui ne manque pas de le révulser (un blanc avec une guenon !). Il aura l’occasion de se montrer maintes fois ridicule, surtout quand la « guenon » lui sauve la vie, écrit des articles de journaux reconnus et lit de la poésie. Finalement, tout snob et raciste qu’il est, il devient un personnage plutôt amusant et jamais sympathique. Cette histoire se termine par une visite du côté du mythe de Cthulhu, terriblement sérieux chez Lovecraft, mais ici beaucoup plus sympa. En fait, c’est en lisant cette nouvelle que je me suis rendue compte à quel point Lovecraft pouvait manquer d’humour.
La dernière nouvelle raconte la rencontre entre les poètes Walt Whitman et Emilie Dickinson, embarqués pour le royaume des morts avec une médium qui est peut-être bien une arnaqueuse, mais qui sait… Il faut certainement bien connaître Whitman pour apprécier, ce qui n’est pas mon cas. La nouvelle est moins sympathique que les autres, mais la fin a une certaine profondeur.
Bref, la trilogie steampunk est réjouissante à lire, libre d’esprit, présentant les femmes, les noirs et les homosexuel-le-s sous un jour bienveillant, diffusant un humour subtile et revisant l’histoire, la science de l’époque et Cthulhu avec fantaisie. Un plaisir.