Onze femmes et un ballon

Franziska Vollborn, Ohne Titel, gehäkeltes Lederobjekt, 2006La coupe du monde de football féminin, accueillie par l’Allemagne, vient de se terminer.

On ne dit pas “la coupe du monde de football masculin” pour la coupe des hommes. On dit la coupe du monde de football tout court. Exemple classique de squattage du neutre/universel par le groupe dominant. Les hommes ont éventuellement un sexe quand cela leur est nécessaire, mais n’ont pas à se définir par cela en premier lieu. Ca marche bien sûr aussi très bien dans tous les autres systèmes de domination, comme par exemple quand on parle des “personnes de couleur” – sous-entendu : les “blancs” n’ont pas de couleur. Ils ne sont pas définis par une couleur, ils ne sont plus un groupe parmi d’autres, ils deviennent le neutre, la norme par rapport à quoi tous les autres se voient assigner des identités stigmatisantes, ou au moins a-normales. D’ailleurs les combats émancipateurs ne visent pas – contrairement à ce que prétendent toujours les dominants au début, mais faut pas faire attention 🙂 – à détruire les individus du groupe dominant, mais à supprimer ce rapport, c’est-à-dire à bouter ce groupe hors du neutre, à le ramener dans le concert général et finalement, à dissoudre la ligne de démarcation qui sous-tendait sa domination en ôtant à celle-ci toute signification sociale.

Bref. Les françaises ont terminé 4èmes. Elles ne sont pas sur le podium, mais il paraît qu’elles se sont battues superbement et que leur résultat est historique. A leur retour en France, elles ont été accueillies au siège de la FFF par deux supporters.

Hiller tract against Paragraph 175Pour se consoler, on file au Musée Homosexuel voir l’expo “D’un autre côté. Objections artistiques à la Coupe du Monde de Football Féminin 2011” ou “Le beau côté de 2011 – plusieurs options…”. Le titre tacle le slogan officiel de la FIFA pour cette coupe du monde : “THE BEAUTIFUL SIDE OF 20ELEVEN!”

Présentation (comme d’hab sur ce blog, les traductions sont sans garantie aucune) :

“A l’occasion de la Coupe du Monde féminine de l’UEFA […] le Musée Gay a invité des artistes à explorer avec leurs ressources le mélange intéressant entre sexe, (homo-)sexualité et football. L’exposition vise à montrer des “pavois” et à thématiser le football comme un champ du ‘doing gender’, comme un espace social et culturel dans lequel il s’agit aussi, et de manière fondamentalement conflictuelle, de l’ordre social des sexes.
 
On pourra voir 23 contributions d’artistes venant de toute l’Allemagne et de tous les domaines : peinture, photographie, vidéo, sculpture, installations et documentaire. L’éventail des questions sur le sujet est diversifié – comme le sont les positions des artistes, comme par exemple :
 
Les hommes jouent-ils vraiment tellement plus vite et leur jeu est-il donc vraiment plus intéressant que celui de leurs collègues féminines ? Et celles-ci ont-elles vraiment un jeu plus beau, ou alors pourquoi insiste-t-on aussi lourdement sur ce point ? Qu’est-ce qui serait alors le plus beau côté de 2011 ? Est-ce une référence au conflit dans lequel se trouve le corps des joueuses, entre optimisation continue de la performance qui repousse toujours plus loin les limites de la vulnérabilité, et stratégies marketing dans lesquelles le corps athlétique, plutôt masculin, doit de nouveau apparaître désirable pour les mâles ?
 
Combien politique est le football et combien est-il lesbien ? Est-ce un terrain de jeu classique pour le développement d’une masculinité plus féminine et d’une féminité non hétéro-normative, et donc un terrain classique pour les femmes lesbiennes ? Mais alors pourquoi la contribution décisive des nombreuses joueuses lesbiennes au développement du football féminin n’est-il pas applaudi ? Pourquoi ces réactions irritées à la question de l’homosexualité dans le football ?
Quels sous-textes érotiques sont impliqués ici ? Cela devient peut-être plus clair dès lors que le football, sport typique des hommes, est confronté aux techniques culturellement féminines, comme coudre, broder ou cuisiner ? Et quand les scènes de football sont confrontées aux vieilles techniques des tableaux de maîtres ? Et last but not least: où se trouve en vrai le service à café qu’ont reçu les nationales en récompense de leur victoire à l’Euro 1989 ?
 
Les artistes participant-es sont: Marion Denis, Risk Hazekamp, ​​Christian Romed Holthaus, Linda Horn, Gudrun Knapp, Maria Kossak, Kathe Kruse, Julia Lazarus, Soo-San Lee, Jenny Lobert, Albert Markert, Robert Lange, Christine Olderdissen, Monika Ortmann, Susken Rosenthal, Toni Schmale, Katja M. Schneider, Siobhan Tarr, Maik Teriete, Franziska Vollborn, Tom Weller.
 
Nous exposons aussi le célèbre service de porcelaine que reçut le Onze d’Allemagne féminin en reconnaissance de sa victoire à l’Euro 1989 (prêté par Petra Landers).

 

Apparemment Villeroy & Bosch, le fabricant dudit service à café, a remis ça cette année, genre coup de pub qui se voudrait un peu provoc…

This entry was posted in immer wi(e)der and tagged , , , , . Bookmark the permalink.

4 Responses to Onze femmes et un ballon

  1. Oursino says:

    J’en crois pas mes yeux, ils ont osé offrir un service à thé! Et pourquoi pas un démonte pneu pour les mecs?!?

  2. Transfo says:

    Tiens cette histoire de squattage du neutre/universel ça me rappelle un proverbe :

    Le féminisme, c’est cette théorie extrémiste selon laquelle les femmes sont des gens.

    🙂

  3. Oursino says:

    Comme quoi “on peut être modéré avec des opinions extrêmes”! Louis de Bonald
    😉

  4. Transfo says:

    Eh ben, tu as de ces références !
    Bonald ici, fichtre !
    (Le pauvre il doit se demander où il est tombé 😉 )

Leave a Reply