Kro du retour de la magie en Angleterre

Jonathan Strange & Mr. Norrell de Susanna Clarke

Jonathan Strange & Mr. Norrell de Susanna Clarke

VoilĂ  quelques annĂ©es, dans la bonne ville d’York, il existait une sociĂ©tĂ© de magiciens. Ces messieurs se rĂ©unissaient le troisième mercredi du mois et Ă©changeaient de longues et ennuyeuses communications sur l’histoire de la magie anglaise.

C’Ă©tait des “gentlemen magiciens”, ce qui signifie que leur magie n’avait jamais nui Ă  personne - ni fait aucun bien. En rĂ©alitĂ©, il faut l’avouer, pas un de ces magiciens avaient jamais jetĂ© le plus petit sort, ni par sa vertu magique fait trembler une feuille sur un arbre, modifiĂ© la trajectoire d’un seul atome de poussière ou touchĂ© Ă  un cheveu de la tĂŞte de quiconque.

Cependant, en dépit de cette unique menue réserve, ils étaient réputés pour compter parmi les gentlemen les plus sages et les plus magiques du Yorkshire.

C’est en ces termes que débute ce roman de 800 pages, écrit par une anglaisen Susanna Clarke qui a raflé en 2004 le Hugo, le locus du premier roman, le prix du roman de l’année de Times Magazine et bien d’autres encore.

Ce roman raconte comment la magie est revenue en anglais. En effet, voilà des siècles que plus personne en Angleterre n’est capable de jeter le moindre sort. Et les dignes gentlemen de la société de magie de York, théoriciens de la magie, aurait trouvé terriblement vulgaire de s’essayer à en lancer un. La magie, c’est pour les charlatans de foire, les gitanes et les gueux. L’auteur dit à leur sujet de ces gentlemen :

« Aurions-nous, vous et moi, le pouvoir de nous emparer par magie de tout être humain au monde qui nous aurait tapé dans l’œil ainsi que de garder l’heureux élu de toute éternité, notre choix tomberait sans doute sur un être un tantinet plus captivant qu’un membre de la société savante des magiciens d’York ».

Mais voilĂ  qu’apparaĂ®t Mr Norrell, gentleman très convenable Ă  tout point de vue qui se prĂ©tend magicien pratique… et qui le prouve. Seulement, Mr Norrell est d’un caractère un peu particulier… Vieux monsieur renfermĂ© et longtemps coupĂ© du monde, il aime trop la magie, la bonne magie, pour la laisser entre des mains qui ne la mĂ©riteraient pas, c’est-Ă -dire dans d’autres mains que les siennes. Il s’applique donc Ă  acheter tous les livres traitant de la magie et Ă  dĂ©courager toute personne se prĂ©tendant magicien.

 

C’est alors qu’il rencontre Jonathan Strange, tout aussi gentleman plutôt dandy et oisif, qui s’est soudain découvert une passion pour la magie, après avoir entendu une prophétie lui promettant un avenir de magicien.

Strange devient l’élève de Norrell et se révèle être extrêmement doué et tout aussi dévoué à la magie que Mr. Norrell. Toutefois, ils en ont une conception différente… Pour Strange, la magie se partage. Et surtout, Strange désire ardemment rencontrer le Roi Corbeau, roi légendaire du Nord de l’Angleterre qui a apporté la magie en Angleterre, alors que cette idée terrifie Norrell.

Jonathan Strange et Mr Norrell est une uchronie du XIXe siècle anglais, écrit dans le style de Jane Austen, avec un langage vieillot. Quand on le lit en anglais, on bénéficie aussi de l’orthographe de l’époque come chuse, (choisir) connexion, sopha, scissars, headach, et surprize. C’est écrit aussi en tenant compte de tous les a priori de l’époque sur la condition de la domesticité, la place des femmes et des noirs, le mœurs des gentlemen, etc. Pour vous donner un exemple, quand on demande à Strange : « Un magicien pourrait-il tuer, à l’aide de sa magie ? », il répondra : « Un magicien le pourrait certainement. Un gentleman, jamais. »

C’est aussi un roman fort long, il faut le reconnaître et lent. Mais cela n’est pesant que vers la troisième partie du livre puis l’histoire va reprendre pour nous fournir une fin vraiment très réussie.

La lecture de ce roman est intĂ©ressante Ă  plus d’un titre. Par exemple, toute la première partie se dĂ©roule sans aucun personnage de premier plan sympathique et c’est un vrai soulagement de voir arriver quelqu’un d’un peu vivant et agrĂ©able en la personne de Strange dans la 2e partie.

De plus, ce roman est rempli de remarques d’humour au second degré, pince sans rire amenées avec beaucoup de sérieux par la narratrice.

Par exemple, Mr Black est transporté dans un autre lieu par un Prince de féérie :

Un froid vif saisit Mr Black, qui promenait les yeux sur un paysage lugubre et dĂ©solĂ©, de nature Ă  frapper d’horreur et de dĂ©sespoir l’âme la plus enjouĂ©e comme la plus endurcie. Mr Black demanda “Il s’agit de l’un de vos royaumes, je suppose ?“. L’autre prit un air dĂ©goĂ»tĂ© et dit: “Non… Nous sommes en Ecosse.”

(merci à JL de m’avoir fait découvrir ce livre et de me « prêter » cette citation.)

Norrell et Strange vu par Ben Towler

Une autre particularité de ce roman est que les chapitres ne s’enchainent quasiment jamais, le suivant reprenant toujours *un peu plus tard* que le précédent, ce qui exaspère la lectrice, en particulier quand on voit la solution du problème à portée de main.

Enfin, ce livre comporte quantité de notes de bas de page, en référence à des ouvrages magiques ou sur la magie de l’invention de l’auteure qui donne à l’ensemble une apparence d’érudition universitaire.

Je vous conseille vivement la lecture de ce roman que certains critiques considèrent comme étant un « Harry Potter » pour adulte, je les laisse responsable de leur opinion.

Comme en Brande-Bretagne, Robert Laffont l’a édité en 2 couleurs de couverture : blanc et texte noir, ou noir (y compris la tranche des pages) et texte blanc.

 

Enfin, beaucoup d’informations sur ce site très sympathique : http://www.jonathanstrange.fr/

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