Kro de la dernière Culture

banks-hydrogen-sonata-2015-09-16-00-30.jpgIan Banks : La sonate Hydrogène

Edouard Louis : Pour en finir avec Eddy Bellegueule

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Ian Banks : La sonate Hydrogène

Quand une civilisation galactique a vécu suffisamment longtemps, elle pense souvent à se sublimer. La Culture ne semble pas intéressée par ce niveau dimensionnel supérieur, cette béatitude éternellement bienheureuse, mais chez les Civilisations évoluées, ça se fait assez couramment.

Le problème avec la sublimation, c’est que personne n’en revient pour dire comment c’est… Ou quand quelqu’un en revient, ce qu’il en dit est suffisamment incompréhensible pour qu’on ne soit pas plus avancé.

Les Gziltes, une civilisation proche de la Culture, qui aurait même pu en faire partie à une époque, sont prêts à faire la Grande Ascension. Dans ce contexte, et juste avant que tout le monde parte, il est d’usage de solder des comptes. C’est pourquoi les Zidhrens-reliquants, restant d’une civilisation sublimée que les Gziltes considèrent comme leur mentor, envoie un vaisseau avec à l’intérieur des révélations. Mais ces révélations risqueraient de remettre en question le processus de sublimation, de sorte que le responsable politique le plus engagé dans l’affaire préfère faire détruire le vaisseau.

Une bande de Mentaux de la Culture se disent alors que ce serait quand même pas mal de savoir quel était ce grand secret… au moins pour info.

Ce livre clôt de fait le Cycle de la Culture, puisque Ian Banks s’est sublimé en 2013. S’adonner à la cocaïne récréative n’a pas que des côtés positifs. En l’espèce, ça nous a privé d’un des meilleurs auteurs de SF, parce que son pancréas a finalement déclaré forfait. Finir ce livre rend d’autant plus nostalgique que c’est à mon avis un des meilleurs romans de la culture depuis quelques uns. On retrouve l’humour et la fantaisie habituelle, l’aisance de Banks pour jongler à de très haut niveau technologie, et bien sûr, c’est toujours un plaisir de côtoyer la culture, une civilisation hédoniste et anarchiste qui a remis son destin dans les mains d’IA qui trouveraient vulgaires de s’abaisser à faire du mal à des humains.

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Edouard Louis : Pour en finir avec Eddy Bellegueule

« De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux » commence Edouard Louis. Dans ce roman dont le succès a été immédiat, il va raconter la misère de la vie dans la Somme, quand on est vraiment pauvre : l’alcoolisme, la télé à longueur de journée, la reproduction sociale, la fermeture des possibles parce qu’on n’a pas les moyens d’espérer.

Au milieu de cet univers, il faut ajouter le sexisme, le racisme et plus particulièrement l’homophobie dont va souffrir Eddy Bellegueule.

Dans un premier temps, ce livre ne me tentait pas… les histoire d’enfants martyres, j’en ai eu ma dose quand j’étais au collège, puisque apparement, à mon époque, on trouvait ça génial de faire lire ça en classe : Poil de carotte, L’Enfant, La cicatrice, La guerre des boutons (si vous avez oublié, je vous rappelle qu’à la fin, la bande de gamins torture un un gamin handicapé)…

Mais j’ai été convaincue en lisant une interview de l’auteur, à qu’on a accusé de noircir, d’avilir les classes populaires. Il expliquait avec beaucoup de mesure qu’il n’y avait aucune vertu intrinsèque à être pauvre ou à être ouvrier. L’héroïsation de la classe ouvrière par certains auteurs est une construction d’intellectuel.

D’une manière mesurée, factuel, il explique que la violence engendre la violence et que les membres des classes méprisées recyclent ce mépris vers d’autres groupes. S’il a souffert d’homophobie, il est également tout à fait capable de voir les rapports sociaux de sexe: ce que veut dire tenir son rôle d’Homme, son rôle de Femme. Il explique également que le problème n’est pas d’être homosexuel, mais d’en avoir l’air. Dans la grande mise en scène pour tenir sa place, il ne faut pas avoir l’air d’un bourgeois ou d’un pédé, c’est un peu pareil, d’ailleurs. Il faut avoir l’air d’un vrai mec, donc d’être violent et colérique, de boire sec et de se battre. Ou d’une vrai femme, donc d’avoir des enfants, d’aller chercher les hommes au bistrot pour les calmer, de se débrouiller avec les 3 sous du ménage et de ne pas travailler, parce que c’est l’homme qui fait ça. Etre une bonne mère, c’est tenir les enfants propres et leur donner à manger. Etre un bon père, c’est rapporter de l’argent et ne pas frapper sa famille. Il n’y a guère de place pour autre chose, dans un contexte aussi difficile.

C’est le genre de livre que je pourrai faire lire à mes étudiants pour leur faire comprendre l’imbrication des rapports de sexe et de classe. Pas une lecture très plaisante, mais c’est à la fois assez simple, prenant et de grande qualité.

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