Kro des lectures de Vendée

Je n’en ai pas tout à fait fini avec mes voyages, mais revenons à maintenant… Je suis en vacances en Vendée où une tempête joueuse a coincé dans les rochers de la corniche une bouée qui avait tenté de s’échapper.

Voici quelques lectures (associée à quelques boissons) :

David Lodge : Un tout petit monde

Pinar Selek : Parce qu’ils sont arméniens

Tim : Un feutre dans ma limonade

David Lodge : Un tout petit monde

Apparemment, tous les universitaires ont lu ce livre de Lodge, il restait moi. Franchement, je ne sais pas exactement ce que retire de cette lecture quelqu’un qui ne travaille pas à l’Uni. Quand on fait partie de ce tout petit monde, c’est drôle, grinçant et criant de vérité. C’est l’histoire d’universitaires qui passent leur temps en avion pour aller de congrès en congrès. (Internet n’existe pas encore, on parle par fax et téléphone, on se poste des paquets, mais le campus mondialisé est en train de naître).

Évidemment, tout le monde sait que les contenus scientifiques des congrès importent peu, ce qui compte vraiment, ce sont les temps sociaux des congrès, pas les conférences qu’on y entend, ces temps sociaux où on boit, mange, visite, flatte, magouille et tente de coucher (mais à cette époque de l’ouvrage, le nombre de femmes est très réduit à l’université).

Tout commence par un congrès raté, c’est-à-dire un congrès dans une ville minable de l’Angleterre : il pleut et comme l’université est fauché, les logements sont vétustes, les repas infects, l’alcool très très passable et le spectacle prévu pour la soirée de gala a été remplacé par du théâtre de marionnette à la dernière minute.

Là, se trouve Persse McGarrigle, poète irlandais naïf qui a eu un poste par erreur : l’université voulait en réalité recruter Percy McGarrigle, mais s’apercevant de l’erreur au moment de l’audition, a jugé qu’il était trop cher de tout recommencer et a embauché le McGarrigle qui avait fait le déplacement.

Lors de ce congrès, une nouvelle se répand… il va y avoir une chaire à l’UNESCO, très bien payée, localisée là où son titulaire voudra être et sans charge de cours… le rêve. Tout le monde s’emploie donc à dire qu’il n’est pas intéressé… en déployant des stratégies de séduction envers celui qui attribuera la chaire et en tentant de nuire à la carrière des autres à coup de recensions assassines.

Le roman va nous permettre de suivre cette petite troupe d’universitaires, de congrès en congrès, vivant des affres d’universitaires, comme ce chercheur australien qui a écrit une introduction formidable, mais chaque fois qu’il tente d’aller plus loin dans l’écrite, l’image d’une de ses étudiantes en bikini lui apparaît.

Finalement, nous assisterons à l’organisation du congrès parfait (je le note pour mes prochaines organisations) : les communications sont diffusées par écrit le premier jour, de sorte qu’on puisse en discuter (ou pas) lors des moments informels, qui constituent la totalité du congrès.

A noter pour le clin d’oeil, un des belligérants discute longtemps avec Eliza, un des premiers agents conversationnels sur ordinateur.

En photo à côté de l’ouvrage, une bière Mélusine, une brasserie locale qui existe depuis des années et qui a développé sa gamme en profitant de l’engouement pour les micro-brasseries. Et c’est bon.

Pinar Selek : Parce qu’ils sont arméniens

Non, ce n’est pas une lecture de vacances. J’avais déjà vu une pièce à Plan les Ouates d’après ce livre et Maud en avait profité pour m’offrir l’intégrale de Pinar Selek. « Parce qu’ils sont Arméniens » est une réflexion sur l’oubli institutionnalisé d’un génocide, mais aussi une réflexion personnelle sur comment en tant que membre du groupe dominant, on peut prendre la parole pour défendre une cause que son groupe d’appartenance opprime. Pinar Selek est turc. Certes, d’une famille d’intellectuels de gauche, dont le père a été prisonnier politique. Dans son école privée, elle se sentait à la marge, elle collait des poèmes des auteurs interdits dans les couloirs, elle répondait aux professeurs qui n’étaient que les pantins du Didacteur, elle manifestait, écrivait des textes rebelles et se demandait pourquoi les deux filles arméniennes de sa classe étaient si dociles, si peureuses, alors qu’on ne cessait de décrire leur peuple comme des terroristes qui voulaient la mort de nation turque. L’arrogance du dominant, qui peut s’offrir le luxe de se rebeller, qui se permet de critiquer la manière dont le dominé existe, parle et résiste : trop pas assez, pas de la bonne façon.


Mais ça, c’était Pinar Selek adolescente. La vie en Turquie, en tant que militante féministe, pacifiste et défenseuse de la cause arménienne lui a fait perdre ses amis, emprisonnés ou abattus, l’a emmené en prison où elle a été torturée pour qu’elle livre le nom de ses « complices terroristes » lors d’un attentat qui n’a jamais eu lieu, et l’a finalement exilée en France.

Ce qui est impressionnant, au-delà de la justesse de ses écrits, c’est la manière dont elle est restée une personne bienveillante et drôle, après ce temps.

En photo, vous apprécierez la « Barbe bleue », nouvelle production de la brasserie Mélusine, une excellente Stout.

Tim : Un feutre dans ma limonade

Tim dessine ses souvenirs de l’école primaire avec des feutres d’école primaire. C’est d’abord joli (c’est étonnant comment ça marche bien). C’est tendre, souvent poétique, quasiment sans parole, avec un jeu de couleur et un trait… bah, j’arrive pas à qualifier… Bref, Tim, ça rend gentil… aux Editions Lapin !

Le verre à côté contient un thé Curcuma gingembre, pris sur la Grande plage à St Gille.

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