Défi 2014 : scénario n° 26 : Voir Žigansk et mourir

Scénario dans le contexte décrit par la série BD Gipsy, prenant place après les évènements du tome 3 Le jour du tsar.

Si vous êtes censés participer à ce scénario en tant que joueurs, ne lisez pas plus loin…

Les temps sont durs sur la Circumpolaire 3-Continentale, et les personnages (camionneurs, mécaniciens, personnel médical, etc…) ont été embauchés pour effectuer un transport particulièrement risqué : il s’agit d’accompagner (en tant qu’auxiliaires civils non-combattants, du moins sur le papier) une unité mercenaire motorisée qui va faire le trajet à motoneige de Fort Yukon jusqu’à Žigansk (sur le cercle polaire arctique) par la Transpôle, pour aider les forces de la Fédération de Russie à reprendre l’échangeur de Žigansk aux tsaristes qui, bien que fortement ébranlés par la mort du prétendu tsar Yvan, tiennent encore les lieux et bloquent les échanges routiers directs entre l’Eurasie et l’Amérique (les Russes comptent toujours sur une intervention de l’ONU pour leur permettre de reprendre le contrôle de la situation en Sibérie, mais ils se sont résolus à intervenir eux-mêmes sans attendre pour dégager Žigansk, car ils ont besoin des importations américaines).
Les personnages se trouvent à bord des camions logistiques de l’unité, qui transportent pièces détachées, munitions, vivres, médicaments et autres (éventuellement, certains peuvent être des guides ou des éclaireurs à motoneige). S’il n’y a pas assez de routiers parmi les persos, certains camions peuvent être conduits par des PNJ. À l’exception du commandement de l’unité qui se trouve à bord de quelques chenillettes, les mercenaires circulent par deux sur quarante motoneiges blindées et armées de mitrailleuses, de canons automatiques ou de lance-missiles.
Leur troupe, commandée par le « colonel » Oliver McKinley, doit rejoindre des forces militaires fédérales russes un peu au nord de Žigansk et prendre part en coordination avec elles à l’assaut contre l’échangeur. Les personnages quant à eux n’ont aucun rôle à jouer dans cet assaut ; mais ils espèrent probablement pouvoir repartir par la C3C une fois l’échangeur repris par les troupes russes, ce qui leur éviterait de devoir reprendre la Transpôle en sens inverse sans leur « escorte » de mercenaires, avec les risques de se faire attaquer par des pirates mongols : ils ont d’ailleurs peut-être eu l’idée de profiter de la place restant libre dans l’une des remorques pour y charger une cargaison à destination de l’Europe, pariant sur le succès de l’opération comme sur un billet de loterie…

Pôle position

Le trajet par la Transpôle représente près de 5.500 km de neige, de glace, de montagne et de banquise. Il sera long et éprouvant, pour les personnes comme pour les véhicules.
Tsagoï ne faisant jamais le plein dans les BD, on partira du principe que les véhicules (camions et motoneiges) n’utilisent pas comme carburant un hydrocarbure quelconque, mais sont dotés de piles à combustible à très haut rendement, permettant de ne pas se préoccuper de l’autonomie des engins.

Les mercenaires sont des gens rudes qui tendent à mépriser les personnages, ces non-combattants qui restent jour et nuit au chaud et au sec dans leurs camions, alors qu’eux-mêmes se gèlent sur leurs motoneiges, comme au bivouac sous leurs tentes. Il faudrait beaucoup d’efforts et des circonstances particulières pour briser la glace (par exemple, un mécanicien réalisant une réparation extraordinaire sur un engin dont l’état était jugé désespéré).

Partant relativement groupée chaque matin, la colonne de véhicules s’étirera progressivement au fil de la journée, avec les difficultés dues aux conditions de route, les pannes et incidents mécaniques, et la fatigue des conducteurs.

Une fois qu’il aura bien fait ressentir aux joueurs les rigueurs de l’environnement polaire, le MJ pourra éventuellement mettre en scène une attaque de pirates mongols contre un camion attardé en queue de convoi. Toutefois, du fait des forces en présence dans les deux camps, l’affrontement risque de virer plus ou moins rapidement à la bataille impliquant de nombreux véhicules, où les personnages se retrouveraient spectateurs du combat entre mercenaires et pillards. Il est probable que les mercenaires sortent victorieux d’un tel conflit, mais non sans avoir subi une casse mécanique et des pertes humaines plus ou moins importantes.

L’océan arctique traversé, la Transpôle longe le cours de la Lena, prise par les glaces (et qui constitue une voie mieux dégagée et bien plus lisse que l’autoroute elle-même, qui n’est plus entretenue depuis une dizaine d’années).

Jonction sur la Lena

À une cinquantaine de kilomètres au nord de Žigansk, dans un village situé sur la rive gauche de la Lena, la colonne fait sa jonction avec les forces fédérales russes, constituées d’une demi-brigade d’infanterie motorisée, d’un détachement de blindés et d’un détachement du génie, pour un total d’environ 1.500 hommes. Les mercenaires ne représentent qu’un petit appoint au dispositif, mais ce sont des troupes d’élite. Ils sont cependant placés sous l’autorité du général Alexandre Irumov, commandant en chef des forces russes.
Tandis que McKinley prend contact avec le commandement russe, les personnages peuvent tenter de fraterniser avec les soldats. Ceux-ci sont sur place depuis quelques jours déjà pour la plupart, en ont bien marre de se geler au milieu de la neige, et cherchent à se changer les idées par tous les moyens. Le village n’offre que peu de distractions, même si certaines des habitantes ont vite vu le profit qu’elles pouvaient tirer en faisant commerce de leur corps. La taverne improvisée ne désemplit pas, l’alcool amenant son lot de bagarres, et il ne se passe pas une journée sans que des villageois ne viennent se plaindre aux officiers qu’on leur ait volé des poules ou autre problème que leurs interlocuteurs considèrent comme étant bien en dessous de leurs centres d’intérêt ; bref, la présence des militaires pèse autant aux villageois que l’inaction aux soldats.

Les personnages ne doivent pas participer à l’assaut, mais leur présence à proximité des lieux reste requise. Les Russes indiquent à McKinley d’envoyer ses camions à une trentaine de kilomètres au sud-ouest du village, dans un dépôt logistique de campagne où ils sont attendus, et le colonel transmet donc cette instruction aux aventuriers.

Ce que McKinley et les personnages ignorent, c’est que l’état-major des forces russes a été infiltré par l’Aile blanche, dont plusieurs des officiers supérieurs sont membres. Ce n’est pas vers une position loyaliste que les camions sont envoyés, mais dans un guet-apens visant à les faire tomber aux mains des tsaristes.
Si les personnages ont noué des contacts avec les soldats russes et évoquent avec eux leur destination, certains de leurs interlocuteurs pourraient se montrer surpris et déclarer qu’à leur connaissance, leurs forces ne tiennent pas de position dans cette direction. Mais les aventuriers pourraient mettre cette affirmation sur le compte d’une connaissance incomplète du dispositif russe.

Dans la gueule du loup

Escortés par quelques mercenaires en motoneige, les personnages arrivent sans encombre (à part quelques congères et un arbre que la neige a fait s’écrouler en travers de la piste) au point de rendez-vous indiqué. Il s’agit d’un petit camp militaire établi dans un village abandonné par ses habitants. Les tsaristes étant eux aussi russes et portant les mêmes uniformes blancs que les troupes loyalistes, il leur est très facile de se faire passer pour des membres de ces dernières, surtout vis-à-vis d’étrangers. Après les avoir stoppés à un check-point et leur avoir demandé le mot de passe (fourni par McKinley en même temps que les coordonnées du point de rendez-vous), on leur indique un endroit où se garer.
Une fois les camions parqués, les tsaristes commencent à les décharger. Si les personnages interviennent pour les en empêcher (en particulier s’ils transportent une cargaison pour leur propre compte en plus du reste), les armes sortent et ils sont tous faits prisonniers (ce qui se serait de toutes façons produit tôt ou tard : les tsaristes veulent s’emparer du matériel qu’ils transportent, mais aussi de leurs camions ; et s’ils ont dans un premier temps l’intention de garder les personnages prisonniers, dans un deuxième temps ceux-ci deviendront trop encombrants et seront purement et simplement abattus).

Les personnages une fois capturés seront désarmés, débarrassés de leurs vêtements polaires, et enfermés dans une petite maison en bois, qu’un feu anémique n’arrive pas à réchauffer suffisamment (il fait environ -35 °C dehors, et à peine 10 °C à l’intérieur). Ils seront nourris deux fois par jour avec une soupe tiède contenant beaucoup d’eau et un peu de pain, de chou, et d’autres légumes indéfinissables. Mais il est probable qu’ils cherchent rapidement à s’évader. Le bâtiment est à peu près vide, à part quelques brassées d’herbe, de joncs et de fougères, jetées sur le sol en terre battue pour servir de matelas et procurer une légère isolation.
La maison est gardée par une sentinelle placée devant la porte, bloquée de l’extérieur tout comme les volets en bois. La cheminée est suffisamment large pour permettre à un personnage suffisamment svelte de s’y glisser. Le toit est fait de planches dont certaines sont pourries et peuvent être défoncées à mains nues.
Une fois dehors, les personnages devront éviter de se faire repérer par les tsaristes, récupérer des vêtements chauds, et si possible de la nourriture et des armes, avant de s’enfuir. Le faire au volant de leurs camions est possible (les véhicules sont ouverts et les clés sont sur le contact), mais il faudra saboter les autres véhicules présents pour empêcher les poursuites, et sortir du village sans se faire tirer dessus relèvera du miracle. Tenter de récupérer leurs cargaisons avant de fuir aboutira probablement à leur reprise par les tsaristes, qui les enfermeront cette fois sous une meilleure garde : il leur sera alors très difficile de s’évader à nouveau.
S’ils accèdent à un émetteur radio (par exemple, la CB d’un des camions), les personnages peuvent tenter de contacter McKinley pour l’informer de leur situation. S’ils parviennent à le persuader d’intervenir, les mercenaires (qui souhaitent avant tout récupérer le contenu des camions (qui, rappelons le, n’est plus à bord ; il est entreposé dans une grange juste à côté, en attendant d’être inventorié et réparti, mais une partie a peut-être déjà disparu) ; les engins eux-mêmes comme les personnages sont secondaires) prendront d’assaut la position tsariste quelques heures plus tard. Le bruit des combats alertera les défenseurs de Žigansk, et un détachement tsariste se rendra sur place, tombant sur les mercenaires alors qu’ils se replient. Les deux camps subiront de lourdes pertes.

Un coup dans l’Aile

Si les personnages s’attendaient à un coup fourré, ils ne se seront peut-être pas jetés dans la gueule du loup, ou n’auront peut-être pas tous été capturés. Ils peuvent cependant difficilement rester seuls en pleine taïga gelée, et regagneront certainement les forces de McKinley, à moins qu’ils ne soupçonnent ce dernier de les avoir volontairement jetés dans un piège. Le convaincre de l’existence d’un traquenard sera délicat, et aura probablement des conséquences sur sa confiance dans le plan de bataille russe, voire la participation des mercenaires à l’assaut. Si les personnages lui ramènent des preuves de ce qu’ils avancent, leur diffusion au général Irumov provoquera une forte agitation au sein de l’état-major russe, qui se transformera rapidement en affrontement fratricide au sein du camp loyaliste. Les forces de l’Aile blanche seront éliminées (en même temps qu’un certain nombre de soldats n’appartenant pas à la conspiration), mais pas avant d’avoir causé des pertes non négligeables chez leurs adversaires.

Épilogue

Quoi qu’il arrive, l’assaut loyaliste contre l’échangeur de Žigansk sera sanglant. Les deux camps subiront de lourdes pertes (en partie de l’intérieur à cause de l’Aile blanche pour ce qui est des forces armées fédérales, à moins que les conspirateurs n’aient été éliminés auparavant). L’intervention éventuelle des personnages (pendant les combats, ou avant s’ils ont permis de purger les rangs loyalistes des traîtres qui s’y étaient infiltrés) pourrait faire basculer la bataille ; sinon, l’armée russe se repliera sans avoir pu déloger les tsaristes. Ceux-ci ne tiendront cependant la position que jusqu’au prochain assaut, assaut que les aventuriers pourraient choisir d’attendre aux côtés des forces loyalistes, plutôt que de se risquer seuls sur la Transpôle, ou à travers la Sibérie hors de la C3C.

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