L’heure des bilans (1) : 2012 en JdR

2012 touchant à sa fin (à défaut du monde lui-même), le temps est venu de la classique rétrospective annuelle dans les deux domaines culturels où je suis encore vaguement ce qui se passe ; à commencer par le JdR.

Première constatation, le rythme des décès de personnalités rôludiques s’est ralenti, puisque je n’ai relevé cette année que Jean Wells en janvier et M.A.R. Barker en mars.

Du côté francophone, la quatrième incarnation de « Casus Belli » a sorti trois numéros cette année (numéros 2 à 4). Mais sa périodicité est tellement irrégulière que je me demande s’ils ne sont pas une nouvelle fois morts (le dernier numéro paru est celui daté de juillet /août, sorti en version papier fin octobre seulement, et on est apparemment sans nouvelles du numéro de septembre / octobre, que ce soit en *.pdf ou en vrai), ce qui serait quand même un peu dommage cette fois, car bien que je ne sois pas le cœur de cible, ils avaient su à peu près retrouver l’esprit Casus de la première version du canard (la Seule la Vraie l’Unique).
Je ne suis absolument pas l’actualité des traductions (je préfère lire les bouquins en anglais que payer bien plus cher pour avoir une traduction incorrecte, incomplète et bourrée de fautes), mais j’ai quand même remarqué que Les Marches Directes, la V.F. de The Spinward Marches pour Rikki-Tikki-Traveller, était parue (même si visiblement elle n’est toujours pas disponible en boutiques de ce côté-ci du Channel et doit donc être commandée en ligne) et qu’elle utilisait un certain nombre de mes propres choix de traductions. J’imagine que je n’y suis remercié nulle part et que la « traductrice » a considéré que, puisque c’était librement accessible sur internet, elle pouvait tout aussi bien se l’approprier ; et à la limite, je m’en fous un peu (même si un petit message de courtoisie aurait été apprécié). Ce qui m’amuse surtout dans l’affaire, c’est qu’elle a été jusqu’à reprendre la seule traduction que je n’aurais pas osé proposer sérieusement à un éditeur : frantic pour traduire anglic.
Parmi les sorties en « français natif », trois titres m’ont intéressé (sans que je ne prenne encore le temps de les regarder de plus près : d’ailleurs, je n’ai pas encore mis la main sur le troisième, qui m’attend bien sagement) : la nouvelle édition de Bloodlust (dont je m’attends à ce qu’elle me déçoive plus ou moins fortement), Les mystères de Lyon pour L’appel (avec un manche) de Ketulu, et Le secret du domaine des trois sources pour Tigres Volants. C’est beaucoup plus que les années précédentes… (on pourrait presque ajouter Terra Cthulhiana, dont j’ai attendu la V.F. faute d’être encore capable de lire l’allemand couramment, mais que je n’ai pas lu non plus).

Côté anglophone, ça bouge, mais pas forcément toujours comme je l’aurais aimé…
Au chapitre des déceptions, il y a l’essoufflement de plus en plus prononcé de la gamme GURPS, qui n’a sorti cette année que sept nouveaux titres, uniquement des *.pdf de format plus ou moins réduit : ça nous fait à peine plus d’une nouveauté tous les deux mois, à peine plus de vingt pages par mois (249 au total), ça sent vraiment la fin. On nous annonce bien pour un jour un GURPS Zombies, une nouvelle version de GURPS Discworld, et même la tant attendue adaptation officielle de Girl Genius, mais personnellement j’ai bien peur que tout ça ne reste à l’état de projet dans des cartons (virtuels).
À noter qu’une proposition de V.F. de GURPS Lite a été récemment soumise à SJG par des membres de la liste de diffusion francophone consacrée à GURPS ; on attend toujours le verdict de Steve Jackson.

L’essoufflement est peut-être aussi sensible chez MGP ; mais de cet éditeur, je ne suis plus que deux gammes, Elric of Melniboné (un supplément paru en 2012, à un format réduit), et bien entendu Rikki-Tikki-Traveller. Mais MGP a aussi découvert cette année qu’il pouvait sortir des suppléments uniquement en *.pdf, ce qui nous a valu dans la gamme RTT la parution d’un certain nombre de machins qui ne sont en réalité que des extraits de suppléments plus gros, ainsi qu’une minuscule poignée (de mémoire, je dirais cinq, dont deux qui ne m’intéressaient pas et que je ne me suis pas procurés) de suppléments inédits. On peut raisonnablement s’attendre à ce que ce format prenne à l’avenir une place de plus en plus importante dans leurs gammes (au moins pour RTT).
Ce qui ne s’essouffle pas par contre chez RTT, c’est le peu de soin accordé à la conformité de leurs produits aux les sources antérieures, et l’absence de relecture. Là, ils restent fièrement lamentablement égaux à eux-mêmes.
Parmi les sorties MGP, mentionnons deux reprises d’ouvrages notables de chez GDW : Aramis : The Traveller Adventure, qui est comme son nom l’indique la reprise de l’exceptionnelle campagne The Traveller Adventure (mais préférez l’original à la copie), et 2300 AD, version RTT de Traveller 2300 / 2300 AD qui doit au passage beaucoup à 2320 AD (dont l’auteur, Colin Dunn, est aussi celui de cette nouvelle version). Et ils se sont adjoints la coopération de David Pulver pour deux suppléments (à ce jour), ce qui devrait relever un peu (mais pas suffisamment) leur niveau de fidélité au canon travellerien.

Après l’essor du *.pdf qu’on a connu ces dernières années (et qui ne semble pas s’arrêter, vue la quantité de merdes qui parait à la vente sur RapideJDR, et le nombre de vieux ouvrages épuisés que leurs éditeurs ou actuels ayants-droit vendent désormais à ce format), la nouvelle tendance est le recours à des appels de fonds pour le financement des projets rôludiques autres que ceux des gros éditeurs (citons en vrac pour cette année : Traveller 5, le Guide to Glorantha, la campagne lupanar pour Tigres Volants (dont je parlais plus haut), la nouvelle édition du Morrow Project, Starships & Spacemen 2ème édition, etc… ; on trouve de tout, et même du n’importe quoi comme World of Synnibarr). Mon sentiment est que ça va assez rapidement évoluer dans le même sens que le *.pdf, avec des appels à financement pour de sombres merdes et/ou pour des projets qui n’en sont qu’à un stade embryonnaire et ne risquent pas de voir le jour de sitôt, même s’ils sont financés). Mais d’un autre côté, ça permet aussi à des choses intéressantes de voir le jour (je pense en particulier à T5, auquel je n’ai cependant pas souscrit par manque de confiance dans l’état d’avancement du projet (depuis le temps que cette édition est en projet, je crains qu’elle ne le reste encore pendant longtemps), au Guide to Glorantha (qui comme T5 a été laaargement financé), ou à la campagne lupanar).

Puisqu’on parlait de Glorantha, et en laissant de côté le fameux Guide qui n’est de toutes façons pas encore paru, on a eu droit en 2012 au supplément annuel pour HeroQuest, cette année consacré à Pavis ; mais aussi à un nouveau numéro de Wyrm Footnotes (le quinzième), après une interruption de parution de trente ans (ce nouveau numéro existe en *.pdf, mais je ne sais pas s’il est paru en dur).

Les vieux JdR continuent visiblement à bénéficier du phénomène vintage de ces dernières années. L’évènement le plus marquant aura été la réédition du triptyque de bouquins de règles d’AD&D première édition (la seule digne d’intérêt) ; réédition qui a été (ou sera, je n’ai pas suivi ça de près, n’étant pas franchement concerné) suivie par d’autres, et il devrait même y avoir au moins un scénar inédit pour AD&D1 ! Et pourtant, à côté de ça, la cinquième édition d’AD&D (pour l’instant désignée sous le nom de D&D Next) est en préparation… J’ai un peu du mal à comprendre la stratégie de WotC.
Parmi l’actualité des vieilleries, la marque Pacesetter a été acquise par Goblinoid Games en janvier (ça inclut Sandman et son secret, même si rien n’a été annoncé quant à l’éventualité de révélations, qui pourraient bien de toutes façons s’avérer décevantes). Starships & Spacemen 2 est sorti chez ce même éditeur (mais moi j’en suis resté à la première édition, donc je ne peux même pas vous dire si la nouvelle est disponible en dur ou seulement en *.pdf), et Metamorphosis Alpha est désormais disponible en impression à la demande sur Lulu (le fac-similé datant de 2007, chez WardCo).
Et chez FGU, après les nouveaux suppléments pour Aftermath! sortis ces dernières années, on a eu droit cette année à un supplément pour Daredevils, qui plus est rapidement paru en dur après sa sortie en *.pdf (malheureusement, il était plutôt mauvais).

On a eu aussi en fin d’année le bouquin de règles de la troisième édition de Dark Conspiracy (uniquement en *.pdf). Et, dans un domaine moins ancien mais qui commence quand même à n’être plus tout jeune, le diptyque des manuels de règles pour la troisième édition de Blue Planet chez le nouveau FASA est paru en *.pdf (mais seul le Player’s Guide est disponible en dur).
Et les Allemands ont eu droit à leur version de Space 1889…

Enfin, nous finirons ce tour d’horizon en mentionnant la sortie d’un cinquième JdR en cinq ans dans l’univers de Warhammer 40.000 : ce petit dernier s’appelle Only War et je n’ai pas encore mis la main dessus (sa sortie m’ayant échappé jusqu’à aujourd’hui), ainsi que la version anglophone du JdR finlandais Stalker, datant de 2008 et adaptant le roman des frères Strougatski (en impression à la demande sur Lulu).

Ah, et puis j’allais oublier, car je ne me sens pas vraiment concerné : un nouveau magazine anglophone à destination du mouvement OSR va paraître, il s’appellera Gygax Magazine (ou comment se faire du fric sur la foi d’un simple nom).

Bref, malgré l’avenir préoccupant de la gamme GURPS, 2012 me fait l’effet d’avoir été une fort bonne année pour les parutions rôludiques. On dirait bien que ça va de mieux en mieux, et je ne vais sûrement pas m’en plaindre (même si du coup, mon budget nouveautés JdR est à la hausse…).

Et puis, je ne saurais conclure ce bilan de 2012 sans évoquer le Giannirateur de scénarios (désormais en V 3.2), qui a transformé mon rapport à l’écriture de scénarios, et que j’espère bien utiliser en conditions réelles l’année prochaine (mais pas tout de suite, car les prochains scénars de chacune de mes campagnes en cours sont déjà prévus, à défaut d’être développés…).

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6 réponses à L’heure des bilans (1) : 2012 en JdR

  1. 賈尼 dit :

    un nouveau numéro de Wyrm Footnotes […] mais je ne sais pas s’il est paru en dur)

    Si, si. Avec une mise en page lamentable, et truffé de coquilles, mais il est bien paru en dur.

    • Greg dit :

      Le contenu est bien, quand même. L’article sur le Comté du Soleil (celui de Sartar) m’a beaucoup plu. Bon, ok, celui sur les figurines est d’un intérêt discutable (pour moi en tout cas), et le papier de Petersen sent un peu le réchauffé.

      En dehors de la mise en page, il y a un problème d’imprimeur: certaines illustrations sont très bien mais incroyablement sombres dans leur rendu une fois imprimées…

      Reste le choix qui consiste à sacrifier l’excellente illustration de Délecti et de ses Dancers of Darkness en quatrième de couv’ (et en tout petit) pour leur préférer Donald Duck et la citrouille poilue, là je dirais qu’on frise la correctionnelle… ;-)

  2. 賈尼 dit :

    Je ne suis absolument pas l’actualité des traductions (je préfère lire les bouquins en anglais que payer bien plus cher pour avoir une traduction incorrecte, incomplète et bourrée de fautes)

    Traduttore, traditore. Je ne comprends pas l’obsession des rôlistes français pour les traductions. De mon temps (début/milieu des années 80), nous dévorions tout ce qui nous arrivait d’outre-Manche et d’outre-Atlantique en v.o., même sans tout comprendre, voire en comprenant de travers (ah, le résultat « M » de la table de combat de Squad Leader interprété comme « manqué » !!). Ça ne nous empêchait pas de jouer aux jdr et aux wargames de l’époque. Seul Diplo était traduit et ça nous paraissait juste incroyable.
    J’ai l’impression que le rôliste français moyen est bien plus anglophone aujourd’hui qu’il y a trente ans, et pourtant j’en connais plein qui ne jouent qu’aux jdr traduits. Je lis même parfois des critiques de jdr, dans la presse rôliste française, qui se terminent par « ce jeu est tellement bien, il mérite d’être traduit » (ex. LotFP dans le dernier Di6dent). Putain si le jeu est bien, joues-y, point. Et en plus, tu amélioreras ton anglais. Hallucinant.

    • Imaginos dit :

      Il faut quand même reconnaître que disposer de jeux en français est plus confortable, surtout pour les jeunes joueurs et d’autant plus s’ils ne sont pas anglais LV1 (j’étais loin d’avoir la même maîtrise de la langue anglaise quand j’ai démarré, un peu après toi (tu étais déjà publié dans CB ;-) )). Mais c’est la qualité (et le prix) des V.F. qui ne suivent pas.
      De même qu’il est plus confortable de lire un roman d’un auteur anglophone en V.F. qu’en V.O. (et là aussi, je trouve que la qualité des traductions a bien baissé ; ou alors c’est moi qui ai tellement progressé en anglais que je détecte les erreurs dans le texte traduit). Je ne parle même pas des publications professionnelles pointues…

      Ceci dit, j’évite désormais rigoureusement les V.F. (je suis même allé jusqu’à racheter en V.O. certains bouquins que j’avais en V.F.).
      Mais il y a un truc qui m’agace quand on joue avec des bouquins en V.O., c’est le franglais de table de JdR : pour les termes techniques du jeu, ça passe, mais quand ça interfère avec l’univers, ça me gonfle (exemple caricatural mais vécu plus d’une fois à AD&D à l’époque où on était presque obligés de jouer à ce jeu puisqu’il n’y avait que ça au club quand j’étais étudiant : « tu fouilles la pièce et trouves 12 GP » ; eh mec, je te demande pas forcément de donner un nom aux pièces, même si c’est mieux, mais tu pourrais au moins nous parler de « pièces d’or », qu’on essaie de s’y croire un peu…). :-(

  3. Gianni VACCA dit :

    J’ai fait allemand LV1. J’ai appris l’anglais grâce aux jdr, aux wargames, et aux paroles des albums d’AC/DC.

    • Imaginos dit :

      Pareil (Iron Maiden plus qu’AC/DC, et c’est marrant pasque je repensais justement tout à l’heure en manœuvrant le Tonnerre mécanique dans ma cour que c’était dans une de leurs chansons que j’avais appris le mot « womb »). Mais nous avons de ce fait commencé à un âge relativement tardif par rapport à ce que peuvent faire presque trente ans plus tard des débutants d’aujourd’hui (à moins d’être initiés par des plus âgés, évidemment, mais ça n’a pas été mon cas).

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